Un avant-goût des difficultés pour Didier Burkhalter
![]()
Vendredi, 27 novembre 2009
Pour sa première intervention au parlement, le ministre a retrouvé son adversaire de septembre, Urs Schwaller
«Il y a un peu de l’effet Obama, glisse un observateur. Tout le monde attend de Didier Burkhalter qu’il débloque d’un coup le système de santé suisse.» Pourtant, le conseiller fédéral radical, qui a succédé le 1er novembre à Pascal Couchepin, risque de devoir affronter un certain nombre de déconvenues à la tête du Département fédéral de l’intérieur (DFI). Pour sa première intervention au Conseil des Etats, jeudi, l’ex-sénateur neuchâtelois, très attaché au compromis, aura eu un avant-goût des difficultés qui l’attendent, à l’heure où les primes 2010 subissent la plus forte hausse depuis sept ans.
De la volonté
Qu’ont pensé ses ex-collègues, y compris son adversaire malheureux dans la course au Conseil fédéral, le Fribourgeois Urs Schwaller, du discours du Neuchâtelois? Certes, la «volonté», l’«enthousiasme» du radical, entend-on dans les couloirs du Palais fédéral, donneront peut-être les impulsions nécessaires à certaines réformes, comme la promotion des réseaux de soins. Jeudi, les sénateurs ont fait un premier pas dans ce sens, en proposant au National de relever la quote-part des patients refusant de s’affilier à un tel modèle (lire ci-contre).
«Le risque de désillusion existe, renchérit la socialiste Liliane Maury Pasquier. Si le ministre a changé, les élus, eux, sont les mêmes qu’il y a deux ans, liés aux mêmes lobbies.» Cela étant, poursuit la Genevoise, «on sent que Didier Burkhalter veut s’investir dans les dossiers, mettre sa patte. Ce qui laisse entrevoir des ouvertures, en tout cas les premiers mois.»
S’ils reconnaissent que le conseiller fédéral est à l’écoute, certains élus attendent néanmoins que le radical se montre plus ferme avec les différents acteurs. C’est le cas du PDC saint-gallois Eugen David: «En fin de compte, celui qui a le plus de compétences en matière de santé, c’est le chef du DFI. Didier Burkhalter a, à plusieurs reprises, insisté sur ce point, priant les élus de ne pas légiférer à sa place. Soit. Mais Didier Burkhalter, qui dispose d’une indéniable capacité de dialogue, saura-t-il prendre les décisions qui fâchent? Nous verrons…»
«C’est un bon début»
La route, quoique semée d’embûches, n’a, en apparence, pas semblé refroidir Didier Burkhalter, aussi calme et posé durant le débat que durant la campagne de l’élection au Conseil fédéral. De temps à autre, le ministre a critiqué les solutions préconisées par certains élus, reprochant notamment à la commission présidée par Urs Schwaller de «jouer les apprentis sorciers» sur quelques points du dossier. Mais pour l’heure, Didier Burkhalter ne semble pas démonté par les circonstances. «C’est un bon début», a-t-il d’ailleurs répondu aux journalistes massés à la sortie du Conseil. Aura-t-il le courage de prendre les décisions nécessaires? «Vous verrez», a encore glissé le Neuchâtelois, avant de souligner, une fois encore, que les «nombreux partenaires de la santé doivent être écoutés, pouvoir jouer un rôle, et assumer des responsabilités»: il faut «un peu de leadership, mais pas trop de personnalisation».
Et Urs Schwaller, dans tout ça? «Nous étions certes opposés dans la course au Conseil fédéral, mais aujourd’hui, je reste membre de la commission de la santé, je suis indépendant, et je refuse de continuer à subir des hausses de primes de 15% par an. Si Didier Burkhalter a le même objectif, alors nous serons alliés», a précisé le sénateur singinois. Urs Schwaller ne s’est toutefois pas privé d’envoyer un avertissement au Neuchâtelois: «En faisant des compromis, on n’obtient rien. Dans ce dossier, il faut se montrer strict, intransigeant.»
Le paquet débattu hier quitte l’enceinte feutrée des Etats pour l’arène fiévreuse du National, où Didier Burkhalter a siégé de 2003 à 2007.
Le paquet de mesures implose
Les projets de Pascal Couchepin sont rejetés
Le paquet de mesures lancé par Pascal Couchepin pour juguler la hausse de coûts de la santé risque fort d’être réduit à la portion congrue. Après le National, le Conseil des Etats a tordu le cou jeudi à la taxe de consultation et aux 200 millions supplémentaires pour les réductions de primes.
D’entrée de jeu, les sénateurs ont fait part de leur scepticisme face à cet exercice. Ils ont décidé qu’aucune mesure ne devait être déclarée urgente, vu qu’elles n’auront aucun effet sur les primes 2010. Ce qui restera au final de cette révision de la loi sur l’assurance maladie – qui devrait être bouclée d’ici à la fin de la session d’hiver – devrait entrer en vigueur en 2011.
La taxe de 30 francs, à payer par l’assuré à chaque consultation, est désormais enterrée. Par 27 voix contre 1, la Chambre des cantons a adopté un projet alternatif, misant sur les réseaux de médecins. Seuls les assurés liés à un modèle de «managed care» continueraient de s’acquitter de leur poche de 10% des frais. Pour les autres, la quote-part augmenterait à 20%.
Contrat bloqué
Ce concept a été détaché du reste du paquet afin de pouvoir être intégré par la Chambre du peuple dans le projet spécifique lié au «managed care», sur lequel elle est appelée à plancher. Cette démarche a été saluée par le ministre de la Santé Didier Burkhalter. Il a toutefois souligné que des améliorations devront être apportées.
Comme le National, le Conseil des Etats a refusé, par 23 voix contre 9, d’augmenter en 2010 de 200 millions de francs la manne fédérale de quelque 2 milliards destinée à la réduction des primes et, par 22 voix contre 17, de donner la compétence aux cantons de régler l’activité des hôpitaux dans le domaine ambulatoire.
Les sénateurs ont en revanche accepté de bloquer pendant deux ans le contrat des assurés qui choisissent une franchise à option, mais ils ont corrigé le tir. Il restera possible de changer de caisse, mais pas de forme d’assurance, en cas de modification de la prime ou du montant de la réduction de prime. Le National, qui avait voté pour un blocage ferme pendant trois ans, devra à nouveau se prononcer sur ce point. D’autres divergences ont été introduites.
Concernant la promotion des génériques, la Chambre des cantons est allée plus loin: l’assurance ne devrait prendre en charge que le prix du médicament le meilleur marché majoré de 10% au plus.
ATS

