Cancer du sein: la riposte concertée du CHUV
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Samedi, 28 novembre 2009
Le Centre hospitalier universitaire vaudois dispose désormais d’un centre du sein. Tous les spécialistes y travaillent en concertation dès le début de tous les traitements, assurant aux patientes une prise en charge intégrée
Le cancer du sein: une maladie désormais fréquente, toujours plus curable, dont le traitement met toutefois en œuvre des spécialités très différentes: oncologie, chirurgie, radiologie, pathologie, radiothérapie voire chirurgie plastique ou médecine de la fécondité. Rassembler les tenants de ces spécialités autour des patientes plutôt que de faire circuler ces dernières de l’un à l’autre, tel est le virage pris, sur un modèle éprouvé à l’étranger, par le CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois).
Le renforcement des compétences en sénologie des différents services impliqués et leur mise en commun ont abouti à la création d’un centre du sein conforme aux critères européens. La nouvelle organisation repose sur des principes si simples qu’on se demande un peu, en les entendant décrire, comment on peut concevoir de faire les choses autrement.
Premier principe, énumère Khalil Zaman, oncologue et coresponsable du centre avec son collègue chirurgien sénologue Jean-François Delaloye: pour le même problème, toutes les femmes doivent avoir les mêmes options de traitement, selon le même protocole et dans un délai maîtrisé.
«Dans un autre registre, associer d’emblée un spécialiste de la reproduction aux discussions sur le traitement maximise les chances des patientes qui souhaitent avoir un enfant par la suite.» Mais seule une petite minorité de patientes vont songer à le demander si cela ne fait pas partie de l’offre standard.
Au CHUV désormais, toutes les spécialités sont réunies au chevet des patientes dès la première consultation. En pratique, les cas sont présentés à une réunion hebdomadaire des principaux spécialistes concernés et c’est sur la base d’une décision prise à la suite d’une discussion commune qu’est déterminé un traitement dont les étapes sont fixées d’avance – quitte à être adaptées, par le même groupe, en cours de route en fonction des résultats ou des préférences des patientes.
Toutefois, «si la patiente se présente le lendemain de la réunion, on ne reste pas une semaine sans rien faire, rassure Anne-Claude Griesser, coordinatrice du centre et adjointe à la direction médicale du CHUV. Il y a des examens qu’on peut entamer sans attendre.» Deuxième principe: prendre en compte de façon uniformisée et proactive le besoin d’information et les demandes annexes des patientes. La mise en œuvre passe par une infirmière référente, accessible en permanence et disponible pour discuter des questions qui peuvent se poser en cours de traitement: comment organiser une garde temporaire pour un parent âgé ou pour des enfants, comment informer ces derniers, mieux supporter le traitement par une meilleure alimentation, quelle incidence sur la vie sexuelle?
Troisième principe: anticiper les problèmes de suivi. «Nous prévoyons, par exemple, un entretien systématique de bilan après une sortie, reprend Khalil Zaman. Comment la patiente supporte-t-elle le retour à la maison? Est-ce qu’elle est seule pour faire face? Est-ce que sa cicatrice lui pose un problème?» Autant de questions susceptibles de déboucher sur des complications qu’on peut prévenir.
«On gagne du temps en évitant par exemple le genre de situation où une radio programmée doit être repoussée parce que personne ne s’était soucié de s’assurer que la plaie opératoire était refermée. Et le gain de qualité est important: le fait de travailler en groupe impose des contraintes de transparence et de cohérence qui permettent de construire sur des bases plus solides. Et lorsqu’on fait un travail de meilleure qualité, on évite des frais liés aux erreurs et aux complications.»
Cette précision, renchérit Khalil Zaman, est d’autant plus importante que désormais «les gains thérapeutiques se font par grignotage: les médicaments sont plus sélectifs, moins invasifs mais il est d’autant plus important de les utiliser en connaissance de cause, selon des procédures rigoureuses.»
La connaissance de cause, c’est une autre raison d’être du Centre du sein, s’obtient en traitant de nombreux cas – 150 par an au moins selon les critères européens. Offrir une prise en charge spécifique de qualité, c’est aussi le moyen d’augmenter sa patientèle – et donc sa capacité d’assurer plus de qualité.
Aujourd’hui, le CHUV opère entre 170 et 180 patientes atteintes de cancer du sein par an. Dont un certain nombre viennent de l’extérieur du canton, une démarche qui nécessite, à ce stade, une assurance complémentaire mais qui sera facilitée, à partir de 2012, par la nouvelle loi sur le financement hospitalier.
Sylvie ARSEVER

