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Les HUG, nouvel objet de croisade syndical

letemps.ch
Vendredi, 29 janvier 2010

Après son combat pour les bagagistes de l’aéroport, le Syndicat des services publics dénonce les conditions de travail de l’hôpital cantonal. Décidé à provoquer un électrochoc, il va jusqu’à comparer la situation avec l’affaire des suicides chez France Télécom

La comparaison choque, même au sein du milieu syndical. Pourtant, elle a été osée jeudi devant la presse: à entendre le Syndicat des services publics (SPP), la situation de crise aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) pourrait devenir aussi grave que celle de France Télécom, où les suicides se sont multipliés parmi les employés. «C’est un cri d’alarme, la situation se dégrade de manière extraordinaire», clamait jeudi David Andenmatten, délégué syndical. Après le combat à l’aéroport de Genève pour les bagagistes, le SSP s’engage à l’hôpital et n’hésitera pas, dit-il, à encourager les employés à faire la grève. De son côté, Bernard Gruson, patron des HUG, qui emploient 10 000 personnes, tente de calmer le jeu.

Des cas de harcèlement
Pour donner la mesure de l’affaire, le SSP détaille deux cas particuliers de harcèlement psychologique et de pressions morales vécus par des employés des HUG. L’un concerne une secrétaire qui aurait été harcelée par sa hiérarchie directe. «Très vite, dès qu’elle a commencé à travailler, elle a subi des mots très durs, des cris, une pression incroyable, décrit David Andenmatten. Jusqu’à avoir été licenciée par la direction des ressources humaines sans avoir pu s’exprimer. Elle a dû quitter l’hôpital tout de suite.» Le SSP contestera cette décision auprès du Tribunal administratif. Bernard Gruson, lui, affirme que la secrétaire «a certainement dû être entendue».
L’autre exemple touche le secteur du nettoyage, partiellement privatisé par les HUG. «Une nouvelle cheffe avait été engagée à Belle-Idée. Elle s’est tout de suite mise à harceler le personnel avec un mépris inouï», selon David Andenmatten. Après des mois de protestations syndicales, elle a été déplacée à l’hôpital. Elle aurait alors sévi contre l’équipe de nettoyage de l’unité des soins: «Les gens étaient en pleurs», rapporte le syndicaliste. Sans réponse de la direction à ses nouvelles récriminations, le SSP a décidé d’alerter les ­médias. «Et, comme par hasard, on nous annonce aujourd’hui que cette dame sera écartée.»
Mais Bernard Gruson «refuse de faire de cette personne qui a été diabolisée un bouc émissaire». Et affirme l’avoir déplacée non pas parce qu’elle est coupable mais «par volonté d’apaiser la situation».

«Aucun licenciement»
Le Syndicat des services publics assure que la pression accrue sur les employés est liée aux économies dictées par la classe politique. Le syndicaliste Yves Mugny, qui s’est illustré dans le conflit social à l’aéroport en défendant les bagagistes de Swissport, estime que l’hôpital fait fausse route «en voulant appliquer les règles du secteur privé aux HUG. Cela débouche sur des problèmes d’autoritarisme et de mobbing.»
Prenant ses distances avec la conférence de presse du SSP, le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs se dit toutefois préoccupé par la situation. «Le SIT se bat avec la direction des HUG pour qu’un groupe de confiance chargé de faire de la médiation soit créé et constitué de personnes extérieures», explique Manuela Cattani, cosecrétaire générale.
Un dispositif que le directeur des HUG appuie. «Nous choisirons la composition de ce groupe avec les syndicats.» Mais, pour le reste, il refuse de se laisser mettre sous pression. «Que les mécontents aillent voir les conditions de travail dans le privé, y compris dans les cliniques. J’ai pris et tenu des engagements sur le fait qu’il n’y aura pas un seul licenciement chez les nettoyeurs», s’emporte Bernard Gruson. Il a commandé un audit qui scannera le travail des employés et des cadres.
Cynthia Gani