«L’assurance devrait plutôt rembourser la pilule»
Elvira Bader a créé une polémique cette semaine en lançant son initiative pour que les avortements ne soient plus remboursés. En revanche, elle milite pour la gratuité des contraceptifs.
«A vrai dire, nous aurions très bien pu lancer une initiative pour faire rembourser la pilule par l’assurance maladie.» Cette phrase ne vient pas d’une militante féministe, mais d’Elvira Bader, démocrate-chrétienne soleuroise. Cette maman de six enfants est à l’origine de l’initiative lancée cette semaine pour supprimer le remboursement de l’avortement par l’assurance maladie. Elle estime que les interruptions de grossesse relèvent du «choix personnel et non de la société». Mais Elvira Bader n’en est pas à un paradoxe près. Hier, elle nous confiait que c’est en revanche à la société de payer les contraceptifs.
«L’assurance doit rembourser la pilule, explique la conseillère nationale. Cela permettrait de sauver des vies et réduirait le nombre d’avortements.» Elle en est tellement convaincue qu’elle a hésité à lancer une initiative dans ce sens, en complément du texte sur les interruptions de grossesse. «Mais nous n’en avions pas les moyens. Nous avons donc choisi celui pour lequel le financement était assuré.» Les milieux antiavortements applaudissent. Les plannings familiaux, en revanche, serrent les dents.
«Nous aurions préféré un remboursement de la pilule au lieu d’une initiative dont l’enjeu vise une nouvelle fois à remettre en question l’autodétermination des femmes, explique Anita Cotting, directrice du PLANes, Fondation pour la santé sexuelle et reproductive. Mais il ne faut pas espérer faire baisser drastiquement le nombre d’interruptions de grossesse par cette mesure.»
Pas moins d’avortements
En France, où la contraception est gratuite, le nombre d’avortements n’a pas baissé. «L’idée d’une pilule gratuite sert davantage à mettre les femmes sur un pied d’égalité, analyse Liliane Maury Pasquier. Les migrantes, par exemple, n’ont pas toujours les moyens de se l’offrir.» Sage-femme et conseillère aux Etats, la socialiste genevoise a déposé en 1997 déjà un postulat dans ce sens. Accepté par le Conseil fédéral, il a pourtant été abandonné par les Chambres.
«La loi sur l’assurance maladie considère que la grossesse n’est pas une maladie, explique Miranda Dokkum, porte-parole de l’Office fédéral de la santé publique. Il n’y a donc pas de raison de prendre en charge les moyens de la prévenir.» C’est dire si le remboursement de l’avortement est considéré comme une exception à Berne. Une exception estimée à 20 millions de francs par an, contre environ 60 millions pour la contraception. Des gouttes d’eau face aux 20 milliards que coûte la santé des Suisses chaque année.
«Et les citoyens n’ont pas à payer pour des choix personnels», pense Alice Glauser, conseillère nationale UDC. La Vaudoise soutient d’ailleurs le texte d’Elvira Bader. «Ne plus rembourser l’avortement doit pousser les femmes à prendre conscience de ce qu’elles font. Elles avorteraient moins facilement si elles payaient l’intervention de leur poche.»
NADINE HALTINER ZURICH

