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Pour une recherche innovante respectant l’intégrité humaine

letemps.ch
Jeudi, 25 février 2010

Peter Suter, professeur en médecine intensive à l’université de Genève, plaide pour le nouvel article constitutionnel, sur lequel le peuple se prononcera le 7 mars prochain

Il y a environ une année, un sportif de pointe et un politicien de haut niveau, tous deux bien connus dans notre pays, sont tombés dans le coma, l’un à la suite d’un grave accident, l’autre d’un infarctus du myocarde. Afin de réduire les besoins en oxygène des cellules cérébrales – à un moment où l’oxygène n’y arrive pas en quantité suffisante – ces deux patients ont été plongés dans un état de coma artificiel prolongé.

Grâce à des recherches réalisées dans le passé, on savait que ce traitement donnait de meilleurs résultats dans cette situation. La preuve de son efficacité n’a pu être acquise qu’avec la participation de patients inconscients, c’est-à-dire incapables de discernement, à cette recherche. De tels protocoles exigent une protection stricte des patients par des conditions cadres éthiques et juridiques claires. Celles-ci ne sont actuellement définies qu’au niveau cantonal et par quelques réglementations fédérales auxquelles s’ajoutent les garde-fous mis en place par les directives d’éthique de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM).

Le nouvel article constitutionnel relatif à la recherche sur l’être humain, sur lequel la population suisse est appelée à s’exprimer le 7 mars prochain, prévoit une réglementation uniforme pour l’ensemble de notre pays. Après l’approbation de l’article constitutionnel, un texte de loi sera soumis au parlement, qui le discutera et lui donnera sa forme définitive. Le 7 mars, un vote positif permettra d’une part de garantir la liberté de la recherche et sa force innovatrice dans notre pays, mais aussi, d’autre part, de protéger la dignité et la personnalité de l’être humain. Par ailleurs, il est également essentiel pour la Suisse de disposer de réglementations compatibles avec celles d’autres pays; la collaboration scientifique internationale en sera grandement facilitée.

Trois critiques sont adressées au nouvel article constitutionnel. La première concerne la limitation de la liberté de la recherche. Il convient d’objecter à cet argument qu’une liberté absolue ne peut pas exister, notamment dans un domaine aussi sensible, et que la protection de la dignité et de l’intégrité de l’être humain doit être reconnue comme un bien suprême. Et, à cet égard, le nouvel article constitutionnel offre une base claire.

Deuxièmement, les chercheurs craignent une augmentation de leur travail administratif, alors que les procédures seront plutôt simplifiées avec la nouvelle législation. La troisième critique concerne la possibilité de faire de la recherche avec des adultes et des enfants incapables de discernement. Cependant, pour de tels cas, la nouvelle législation met en place des limitations très strictes. Comme le montrent les exemples cités plus haut, c’est justement dans un contexte aussi délicat que la recherche avec l’être humain doit permettre d’offrir une meilleure prise en charge médicale en définissant de nouvelles méthodes de traitement, plus efficaces et plus pertinentes.

A l’issue, positive, du scrutin, la science sera mieux armée pour répondre à l’attente des citoyennes et citoyens, de trouver des solutions aux problèmes encore existants dans le domaine de la santé, afin de protéger encore mieux la vie des êtres humains, leur dignité et leur qualité de vie future.
Peter Suter

L’auteur est également le président des Académies suisses des sciences et de l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM).