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Coincés à l’Hôpital en attendant une place en EMS

Tribune de Genève, tdg.ch
Mardi, 30 mars 2010

Devant parfois régler des factures salées, des familles se rebiffent.

«Ce n’est pas la faute de mon père s’il a dû rester à l’Hôpital sans nécessité!» Un quinquagénaire proteste après avoir reçu une facture dépassant les 20 000 francs suite au séjour hospitalier de son parent… alors qu’il était en attente d’une place en établissement médico-social (EMS). Et il n’est de loin pas le seul à être surpris par ce qui lui arrive.
Une bonne centaine de personnes âgées, en moyenne, se retrouvent dans cette situation aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Qualifiées de «non nécessaires» par les médecins, ces hospitalisations d’attente ne sont alors plus prises totalement en charge par l’assurance maladie. Conséquence: un forfait de 217 francs par jour est facturé aux usagers.

L’Avivo et les syndicats montent aux barricades

Aussi coûteuses qu’injustifiées, ces pratiques sont dénoncées par l’Avivo et le Syndicat des services publics (SSP) dans une récente lettre adressée au Conseil d’Etat. «Nous recevons beaucoup de réclamations. Les gens ne sont quand même pas responsables du manque de place en EMS», soulignent Souhaïl Mouhanna, président de l’Avivo, et Albert Nahory, du SSP. «Il est temps d’arrêter de s’en prendre aux personnes âgées et au filet social. Tous les aînés ne sont pas bien lotis comme certains le prétendent», condamne le premier nommé. «L’Hôpital doit clairement indiquer à ses patients en attente d’une entrée en EMS qu’ils peuvent avoir accès aux prestations complémentaires, sous condition, bien entendu, de revenus et de fortune», renchérit Albert Nahory. Longtemps ignorée, la situation de ces seniors est enfin considérée assimilable à celle de personnes vivant en EMS. Depuis juin 2009, un jugement du Tribunal des assurances fait, en effet, jurisprudence. «Dès que le patient reçoit une lettre de fin de traitement et que son retour à domicile est jugé impossible, son lit d’hôpital est considéré comme un lit d’EMS», confirme Jean-Christophe Bretton, responsable du secteur des EMS à la Direction générale de l’Action sociale du Département de la solidarité et de l’emploi.
L’Etat est aussi pointé du doigt pour sa «mauvaise planification» en matière d’EMS. «Des lits sont parfois disponibles, mais ils ne correspondent pas toujours au souhait des personnes âgées», réagit Marie Da Roxa, secrétaire générale du Département de l’économie et de la santé.
Elle n’approuve pas pour autant ces séjours forcés: «L’Hôpital est un lieu de soins; nous faisons tout notre possible pour accélérer les entrées en EMS. Or, il y aura toujours besoin d’une zone tampon pour assurer cette transition.» Le directeur général des HUG, Bernard Gruson, abonde dans ce sens: «Nous réservons une centaine de lits de fin de traitement à Loëx. Dans l’idéal, ces personnes âgées ne devraient pas séjourner aux HUG. La fraîche ouverture de 2 EMS a permis de mieux maîtriser la situation. Elle devrait encore s’améliorer alors que 2 nouveaux homes sont prévus pour bientôt…»
Laurence Bézaguet