Pourquoi la médecine fait toujours rêver les étudiants
Dix-sept jeunes gens disent pourquoi ils ont choisi la voie médicale et ce qui les motive dans ce parcours difficile.
Comment expliquer cet engouement pour la médecine? A la dernière rentrée, ils étaient plus de 400 inscrits en première année à Genève. En deuxième année, ils seront trois fois moins. Sélectif et long – six ans plus les années de spécialisation – le parcours n’ouvre plus les portes de l’eldorado. Les médecins diplômés se plaignent de conditions de travail difficiles, entre pression des assurances, «clause du besoin» pour les spécialistes et défiance d’une population qui ne leur accorde plus le droit à l’erreur… Alors, pourquoi, encore, cette vocation?
Parents ingénieurs, médecins ou serveurs
Chez sept des dix-sept jeunes gens qui livrent leur témoignage, la médecine était un rêve d’enfant. Hormis une jeune femme, aucun n’a de la famille exerçant la médecine. Les parents sont enseignants, ingénieurs, gérants de fortune. Mais aussi serveurs ou employés de commerce. «Vers 8 ans, je disais déjà à mes parents qu’ils allaient devoir économiser pour mes études parce qu’elles seraient longues, raconte Claudine-Esther Calvet, fille de deux serveurs et en 5e année aujourd’hui. Ils ont essayé de me dissuader, jusqu’au jour où j’ai validé ma première année.»
C’est parmi ceux qui ont choisi la médecine sur le tard que l’on trouve le plus de parents médecins. Fils de deux blouses blanches, Christophe Draenert admet que cette ascendance l’a «certainement influencé par ce que je voyais à la maison et ce qu’ils racontaient de leur travail».
Rêve d’enfant ou non, la médecine séduit par son caractère altruiste. «Aider les autres», «travailler pour le bien d’autrui», «être utile» figurent parmi les motivations principales avancées par les étudiants.
Et pourtant, les obstacles sont nombreux. Malgré la pénurie de médecins annoncée depuis des années au niveau national – déjà préoccupante en campagne et en Suisse alémanique – tout est fait pour dissuader les jeunes de se lancer. A la sélection en fin de première année s’ajoute un autre goulet d’étranglement avant le début des études. Pour la première fois cet été, un test d’aptitudes sera imposé aux futurs étudiants. Obligatoire, il ne sera pas éliminatoire, mais l’objectif est bien de dissuader les étudiants n’ayant pas réussi.
Une fois lancés, plus d’un est déstabilisé par la compétition et la quantité de travail exigée. «J’ai consacré ma première année entièrement à étudier. Presque plus de sport et pas de sorties», confie Marine Mercier, désormais en 6e année. Gaelle Devillard (5e) se remémore «les révisions, enfermée à la bibliothèque de 8 h à 22 h, les montées de stress, l’impression que tout me dépassait…» Arnaud Peytremann, en 4e, évoque un autre écueil: «L’argent peut poser problème, vu la durée des études.»
Malgré tout, les futurs médecins sont unanimes sur un point: l’intérêt des études. Connaître le corps humain, apprendre continuellement, nouer un contact avec les patients, gagner en autonomie, voilà comment la passion grandit au jour le jour. Reste à savoir si les 1810 professionnels actuellement recensés par l’Association des médecins de Genève vibrent autant que leurs jeunes confrères.
Sophie DAVARIS

