Le rapport qui fait peur
Serge Sierro et Jean-Claude Pont réitèrent leurs critiques. Nouveau rapport, nouvelles inquiétudes.
Il a du sang qui s’échappe de la suture après une opération cardiaque. Pour les spécialistes, c’est «une tamponnade». Conséquence: votre cœur peut être noyé. Il faut au plus vite fixer un drain et enlever le liquide. Comme aucun cardiologue n’est présent, ces symptômes passent inaperçus. Le patient se retrouve à monter des marches, un exercice totalement contre-indiqué dans son état. Renvoyé à la maison, notre homme se plaint à son propre cardiologue. Il détecte immédiatement cette complication et l’expédie à l’Hôpital de Sion. Une urgence immédiate, il y a un réel danger de mort! Le patient attendra encore cinq heures avant d’être pris en charge…
Ce témoignage, vous le retrouvez dans le troisième bulletin de Jean-Claude Pont et Serge Sierro. Le premier, ancien conseiller d’Etat, et le second, professeur honoraire à l’Université de Genève, pointent de graves dysfonctionnement dans la cardiologie en Valais.
A Berne ou à Lausanne, on impose aux médecins de garde d’habiter à vingt minutes chrono de leurs hôpitaux. En Valais, trois médecins de garde sur quatre logent à Lutry, à Lausanne et à Morges. Ils se trouvent à plus d’une centaine de kilomètres de leur secteur d’intervention! Jean-Claude Pont a rencontré durant deux heures le Pr Thierry Carrel, qui dirige le service cardio-vasculaire à l’Hôpital de l’Ile, à Berne. Il lui a parlé de ces gardes à 100 kilomètres. «Thierry Carrel en était totalement ahuri, il n’en revenait pas!» témoigne Jean-Claude Pont. Le conseiller d’Etat Maurice Tornay, en charge de la Santé valaisanne, a pourtant affirmé, devant le Grand Conseil valaisan, le 12 mars, que «le lieu d’habitation des médecins n’entre que peu en ligne de compte».
Fourré dans un taxi
Des cardiologues valaisans, au courant de ce problème crucial, ont proposé d’assumer des gardes plus proches. Ils attendent toujours une réponse du Réseau Santé Valais (RSV). Pourquoi des médecins de garde aussi éloignés? Le rapport de Pont et de Sierro enfonce un clou: dans la cardiologie, le RSV est placé sous la tutelle lausannoise du CHUV. Ce qui entraîne des dérapages kafkaïens. Un patient valaisan s’est retrouvé fourré dans un taxi et conduit au CHUV pour une intervention spécifique. Les spécialistes se trouvent dans une clinique à quinze minutes de l’Hôpital de Sion? Aux yeux du RSV, nul besoin de collaborer avec cet établissement. La loi cantonale sur la Santé de 2008 demande pourtant des collaborations avec le secteur privé. Cela n’est pas sans avoir des retombées sur les finances cantonales, qui doivent payer 50% d’une intervention à l’extérieur. Si elle se déroulait en Valais, la totalité serait prise en charge par les caisses.
Audit neutre réclamé
Le RSV a réagi hier dans l’après-midi. «La santé de nos concitoyens mérite un débat d’un tout autre niveau et une argumentation bien plus complète», estime-t-il dans un communiqué. Il rappelle que 2550 opérations se déroulent en chirurgie, chirurgie cardiaque et radiologie chaque année. Elles se passent «dans les meilleures conditions de réussite et de sécurité». «Notre but est que le Grand Conseil s’empare de ces problèmes et après notre mission sera terminée», assure Serge Sierro.
Notre tandem précise encore qu’il ne veut pas la mort du RSV mais bien celle de ses dysfonctionnements. Pour le RSV, il devient de plus en plus difficile d’échapper à cet audit neutre réclamé par toute la classe politique valaisanne. La prochaine session du Grand Conseil s’ouvre le 3 mai. Elle promet d’être mouvementée
Joël Cerutti

