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Quand l’avortement devient contraception

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 29 avril 2010

Une Américaine raconte dans un livre ses 15 avortements en quinze ans. Les raisons d’interrompre des grossesses sont très complexes.

Irene Vilar a avorté quinze fois en quinze ans. Quinze tentatives avant de se sentir capable de donner la vie. Dans un livre- témoignage récemment traduit en français, elle détaille son douloureux cheminement vers la maternité (lire ci-contre ).
En Suisse, ces situations existent. A moindre échelle. A Genève, la proportion de femmes qui vivent plusieurs interruptions volontaires de grossesse se situe autour de 13%, avance la doctoresse Ana Godinho Lourenço, cheffe de clinique au département de gynécologie et obstétrique des HUG. La Maternité pratique au moins 80% des interruptions volontaires de grossesses (IVG), à un rythme de 4 à 5 par jour, durant la semaine.
Les raisons qui aboutissent à une grossesse non désirée sont multiples et complexes. Elles le sont d’autant plus quand la situation se répète. Pour Ana Lourenço, la première cause est à chercher du côté des échecs de la contraception. «Il existe un vrai taux d’échec des moyens usuels de la contraception. Avec la pilule, ce taux atteint 8% la première année, avec le préservatif, ce taux grimpe à 12 ou 15%. Seules des méthodes comme le stérilet ou l’implant offrent une sécurité à plus de 99%.» Et de résumer: «Le premier IVG, c’est souvent faute de contraception, le second, c’est alors un vrai échec de contraception. S’il touche une femme très jeune, dans 90%, elle va avorter.»

Symptôme d’un malaise
«Il faut parfois deux ou trois interruptions avant que les raisons profondes à l’origine des répétitions de grossesses non planifiées et non désirées puissent être mises au jour et abordées sur le plan thérapeutique», analyse la doctoresse Saira-Christine Renteria, cheffe de l’Unité de gynécologie psychosociale du CHUV.
«Dans des situations minoritaires, souligne Ana Lourenço, l’IVG arrive comme le symptôme d’un malaise. Souvent quand il y a des problèmes de couple, la contraception en souffre. Une femme insatisfaite qui aimerait que les choses s’arrêtent réagit parfois en arrêtant sa contraception. C’est révélateur de quelque chose de beaucoup plus profond.» Avec les conseillers en planning familial, la Consultation de gynécologie psychosomatique et sexologie des HUG tente alors, avec la patiente, de comprendre où se situe le malaise afin de trouver une solution.

Histoires malheureuses
«Il s’agit souvent de schémas de vie qui se répètent, note Saira-Christine Renteria. Une femme qui n’a pas parlé de son désir d’enfant à son partenaire, qui «choisit» systématiquement un compagnon qui ne peut ou ne veut pas s’engager, ou qui se révèle violent. Parfois, les couples ne se sentent pas prêts. L’idée est très forte aujourd’hui que tout doit être parfait pour avoir un enfant.» «Certaines femmes vivent des histoires malheureuses à répétition, ajoute la praticienne genevoise. La grossesse peut être désirée, mais au moment où elle arrive, le compagnon part, et la femme ne se sent pas prête à assumer l’enfant seule.» Conséquence: même lorsqu’elles semblent réclamer une IVG, certaines femmes hésitent.
Reste que la Suisse est un des pays d’Europe occidentale qui a le taux d’IVG parmi les plus bas, juste en dessous de 7 pour mille femmes entre 15 et 44 ans. Un chiffre stable.
ANNE-MURIEL BROUET CAROLINE RIEDER