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La cataracte ou quand la vision s’assombrit

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 27 mai 2010

Opération la plus fréquente de l’œil, la cataracte est due au vieillissement.

C’est mathématique: la population vieillit, le nombre d’opérations de la cataracte augmente. C’est que, au fil des années, le cristallin, qui est une des lentilles de l’œil, perd de sa transparence. Il devient de plus en plus opaque et forme ce que l’on appelle communément «un voile dans l’œil». En Suisse, environ 25 000 opérations de la cataracte sont pratiquées chaque année, ce qui en fait l’intervention la plus fréquente sur l’œil. Après 65 ans, une personne sur 5 a subi l’opération. Explications.

Qu’est-ce que la cataracte?
Le cristallin est une lentille placée derrière l’iris, qui fait converger les rayons lumineux sur la rétine. Avec l’âge, le cristallin s’obscurcit et du coup empêche la lumière de pénétrer jusqu’au fond de l’œil. Ceci entraîne des changements de verre de lunettes, une baisse de la vision et de la netteté des contours.
«La principale cause est l’âge, mais aussi les facteurs qui font vieillir: le soleil, la fumée, certains médicaments, par exemple, peuvent accélérer le processus», souligne Jérôme Bovet, chirurgien ophtalmologue à la Clinique de l’œil à Onex.

Quels sont les symptômes?
Outre une baisse de la vision, la cataracte se manifeste par une sensibilité à la lumière: on est ébloui par la lumière des jours d’été, on voit des halos autour des phares la nuit. C’est même un des premiers signes de cette détérioration. Parallèlement, on a de la peine à lire sans une forte lumière.
En général, les symptômes apparaissent entre 60 et 70 ans, à un rythme plus ou moins rapide. Certains peuvent en souffrir dès l’âge de 50 ans, d’autres, plus rarement, en seront épargnés.

Quand faut-il opérer?
«Il y a vingt ans, on attendait que le patient ne voie plus rien», rappelle le Dr Jérôme Bovet. Aujourd’hui, les progrès de la technique font que l’on peut améliorer la vision plus rapidement.
En quoi consiste l’opération?
La chirurgie est aujourd’hui la méthode de choix pour réparer les altérations de la vision dues à la cataracte. «L’opération consiste à enlever la «noisette» qui obscurcit la vision, explique l’ophtalmologue. Cela se fait à l’aide d’une sonde ultrason – et non d’un laser – qui d’abord liquéfie le cristallin puis l’aspire.»
Le cristallin est ensuite remplacé par une lentille translucide artificielle. Les premières étaient en plexiglas, actuellement elles sont souples, en acrylique ou en silicone, ce qui permet de très petites incisions. Une fois posée, elle s’installe dans l’enveloppe du cristallin et ne nécessite aucun soin.
Le geste de l’ophtalmologue ne nécessite pas plus d’une vingtaine de minutes et l’intervention est pratiquée en ambulatoire, mais le patient doit quand même compter quelques heures pour la préparation et la surveillance postopératoire. En outre, il lui faudra quelques jours pour retrouver une bonne vision, le temps de la cicatrisation. Enfin, l’intervention se pratique sous anesthésie locale, ce qui permet au patient de se remettre plus rapidement.

L’opération est-elle sûre?
Les progrès réalisés au cours du dernier quart de siècle en font une opération de routine et sans grands risques. «Il y a 25 ans, 13% des patients voyaient moins bien après l’opération qu’avant, rappelle le Dr Bovet. Aujourd’hui, ce taux est tombé à 0,04%.» En outre, la taille de l’incision de la cornée est passée de 12 millimètres à moins de 2,2 mm aujourd’hui. «Du coup, non seulement l’opération n’entraîne pas d’astigmatisme, mais encore peut servir à le corriger», précise le Dr Bovet. La lentille artificielle peut en effet aussi être correctrice d’un autre défaut de la vue. Il existe même aujourd’hui des lentilles multifocales, permettant d’améliorer tant la vision de près que de loin.

Quels sont les risques de complication?
«Dans 90% des cas, les patients en retirent une amélioration de leur vision», assure le Dr Bovet. Une des complications les plus fréquentes à long terme est une perte de la transparence de l’enveloppe, qui peut entraîner une baisse de la vision. Dans ce cas, un minuscule trou dans l’enveloppe, au moyen d’un laser, rétablit immédiatement la vision.
Anne-Muriel BROUET