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Greffes du cœur: les trois centres en sursis

Tribune de Genève, tdg.ch
Samedi-Dimanche 29-30 mai 2010

Le lobbying était massif depuis des mois

Une pression qui aura pesé de tout son poids sur les discussions de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé, hier à Altdorf (UR). En fin d’après-midi, la décision tombait – ou plutôt la non-décision. Les trois centres universitaires de Lausanne, Berne et Zurich continueront à pratiquer les quelque 30 transplantations cardiaques effectuées chaque année en Suisse. Et cela jusqu’en 2013. Après cette date, les greffes cardiaques seront concentrées dans deux centres à définir.
«Nous sommes allés aussi loin que possible. Nous avons confirmé la planification dans tous les autres secteurs de la médecine de pointe, même si nous n’avons pas trouvé de majorité qualifiée pour la transplantation cardiaque. Une décision à l’arraché aurait peut-être été moins fructueuse pour l’avenir», nuance le ministre vaudois de la Santé Pierre-Yves Maillard.

«Un fiasco complet»

Réaction nettement moins sereine du côté de Thierry Carrel, le chirurgien star de l’Hôpital de L’Ile à Berne. «C’est un fiasco complet. Les patients sont les grands perdants. Et la Suisse sera perdante aussi, car avec ces trois centres, elle ne pourra pas être compétitive au niveau européen ces prochaines années.»
Ce qui aura bloqué la décision: le refus obstiné du canton de Zurich, qui abrite le seul centre universitaire de Suisse à pratiquer l’ensemble des disciplines médicales de pointe, de céder sur le dossier. Zurich, dont le centre de transplantation avait connu des problèmes il y a quelques années, semblait en effet tout désigné pour céder le scalpel à Berne et Lausanne, dont les résultats étaient meilleurs. Mais c’était sans compter la force de persuasion du puissant canton, qui affichait hier soir sa satisfaction.
Si le match s’est joué en Suisse alémanique, cela veut-il dire que Lausanne a définitivement sauvé sa place? Non, précise Pierre-Yves Maillard. «Pour 30 greffes cardiaques par année, un seul centre pourrait suffire en Suisse, d’autant que cela ne menace pas la chirurgie cardiaque de pointe. J’aurais accepté que tout soit concentré à Berne. Mais pas que les deux centres nationaux soient alémaniques.»
Les discussions reprendront donc en 2013. Avec une chance de succès? Peut-être. D’ici trois ans, la protonthérapie, utilisée pour soigner certaines formes de cancer, pourrait avoir fait des progrès tels que les cantons décident de nouveaux investissements. Zurich pourrait alors se profiler comme le centre national, ce qui rendrait la perte des transplantations cardiaques moins douloureuse à accepter. Voilà pour la carotte. Quant au bâton, il est aux mains de la Confédération. Si les cantons ne se mettent pas d’accord, c’est Berne qui tranchera en 2015.
Collaboration: Martine Clerc