Santé: le marchandage continue
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Samedi, 31 mai 2010
Les ministres de la Santé ont décidé de se donner deux ans avant de trancher dans le vif. Lausanne, Zurich et Berne peuvent continuer à pratiquer des transplantations cardiaques
Les dix ministres cantonaux de la Santé chargés par leurs pairs de trancher ne sont pas arrivés à mettre de l’ordre dans la concentration de la médecine de pointe. Pas encore. A part pour la protonthérapie, utilisée pour traiter des cancers rares, ils ont décidé de ne rien décider avant 2013.
Les greffes du cœur, qui sont devenues le symbole du combat que se livrent les cantons pour garder le plus d’opérations pointues possible, vont continuer à être pratiquées dans trois centres hospitaliers universitaires, à Lausanne, Zurich et Berne. Les experts recommandaient, pour des raisons de qualité avant tout, de concentrer sur deux sites au maximum la trentaine de transplantations cardiaques effectuées chaque année en Suisse.
En maintenant le statu quo pour presque toutes les interventions de pointe – les transplantations d’organes en général, mais aussi les brûlures graves, les transplantations allogènes de cellules souches de la moelle et du sang utilisées pour traiter les leucémies, ainsi que les implants auditifs dans l’oreille interne –, les politiciens ont-ils porté un coup fatal au processus de concentration de la médecine de pointe, qui n’avance pas depuis dix ans?
Présentant la décision vendredi en fin de journée à Altdorf, le Vaudois Pierre-Yves Maillard (PS), président de la Conférence des directeurs de la santé (CDS), ne le croit pas. Il se veut même optimiste: «Le concordat était en danger. En reportant la décision à fin 2013, nous donnons des chances supplémentaires au processus de concentration. D’abord, nous serons plus proches de 2015, date limite à laquelle la Confédération peut forcer les cantons à agir s’ils ne se sont pas mis d’accord entre eux. Mais aussi, ce délai de deux ans offre des chances supplémentaires de trouver un consensus politique. D’ici là, il y aura peut-être des indications supplémentaires justifiant l’ouverture d’un deuxième centre de protonthérapie. Les cantons ont ainsi la possibilité de décider s’ils veulent devenir des centres d’excellence pour les transplantations cardiaques ou pour le traitement du cancer.»
Entre les lignes, on comprend que les cantons ne sont pas arrivés à faire fléchir Zurich, qui ne voulait en aucun cas renoncer aux greffes du cœur. Et qu’ils ne voulaient pas prendre le risque, avec une décision prise de justesse, de s’engager dans un long bras de fer juridique.
Mais pour Pierre-Yves Maillard, il ne faut pas surestimer la place des transplantations cardiaques dans la démarche engagée, ni les économies que l’on peut réaliser. «Si d’ici à 2014, on supprime les primes d’assurance maladie pour les enfants, ce sera bien plus important pour la population.» Le Vaudois fait allusion à une décision prise par la CDS, qui s’est déclarée «ouverte à l’idée» et espère que le parlement fédéral poursuive rapidement sa réflexion dans cette direction.
Le comité, composé de dix conseillers d’Etat responsables de la Santé (GE, VD, BE, ZH, BS, AG, SG, LU, TI et GR), qui a siégé en marge de la CDS jeudi et vendredi à Altdorf, a quand même donné un petit signe en faveur d’une plus grande concentration. La protonthérapie ne pourra être pratiquée que dans un seul centre, à l’Institut Paul-Scherrer, dans la campagne argovienne. Le comité a ainsi montré qu’il était soucieux de contenir une offre qui menace d’exploser. Le canton de Berne doit dans l’immédiat geler son projet déjà bien avancé. Une entreprise privée espérait se lancer dans ce nouveau créneau lucratif, mais qui nécessite des investissements de base de près de 150 millions de francs.
Donnant quelques détails sur les négociations serrées menées par le comité de décision, Pierre-Yves Maillard a surpris en annonçant qu’il aurait été d’accord de renoncer aux greffes du cœur à Lausanne. Mais la proposition de ne garder qu’un seul centre à Berne a échoué au vote, en raison de l’opposition de Zurich et de quelques alliés parmi les cantons non universitaires. «Nous aurions montré que la Suisse romande était prête à faire un geste, pour autant qu’il ne soit pas unilatéral.»
Pierre-Yves Maillard aurait lâché le cœur, mais pour mieux garder les transplantations de moelle épinière des enfants souffrant de leucémie, qui seraient sinon parties à Zurich. «Il faut lancer une réflexion plus large sur les interventions de pointe sur les enfants. Si on ne les met pas dans les mêmes catégories que celles des adultes, on n’atteint la masse critique qu’avec un seul centre national. Or là, la proximité avec la famille est bien plus importante.»
Catherine Cossy

