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CeQur développe un patch à insuline destiné aux diabétiques

letemps.ch
Mardi, 29 juin 2010

Soutenue financièrement par Endeavour Vision, la société basée à Montreux vise une commercialisation dès 2011

Le diabète prend des proportions épidémiques. Quelques sociétés se sont lancées dans la course au patch à insuline qui pourrait remplacer les traditionnelles piqûres. L’entreprise CeQur, à Montreux, en fait partie. Elle développe une technologie qui devrait entrer sur le marché dès l’année prochaine et vise les personnes atteintes d’un diabète de type 2.

30 millions de francs levés
Concrètement, il s’agit d’un patch, d’une épaisseur d’environ un demi-centimètre, qui a la capacité de diffuser en continu et sans batterie une quantité constante d’insuline. «On le colle sur l’abdomen ou le bras, on appuie sur un bouton et une toute petite aiguille entre et ressort pour insérer un mini-cathéter de manière subcutanée», explique Damien Tappy, président et associé chez Endeavour Vision, une société de capital-risque qui a participé au financement de près de 30 millions de francs dans la technologie aux côtés de la société Danfoss, Schroder Bank & Cie et VI Partners. Le patient a la possibilité de cliquer sur son patch avant chaque repas pour se voir administrer des doses complémentaires d’insuline, comme l’a prescrit son médecin traitant. «La personne diabétique n’aura plus à se piquer quatre fois par jour mais une fois tous les trois jours, précise Damien Tappy. Actuellement, une majorité de patients ne suit pas conformément son traitement par peur de l’aiguille, un manque de discrétion ou par l’inconvénient de transporter des doses d’insuline partout.» A long terme, les complications peuvent être très sévères: infarctus, cécité, accident vasculaire, amputations, maladies rénales.
Une dizaine de brevets entourent ce patch dont la technologie émane de la société Danfoss, un spécialiste de la microfluidique. Ce petit appareil contient un ballon rempli d’insuline qui se vide à vitesse constante grâce à des tuyaux de verre de douze microns. Il a déjà été testé sur huit patients et des études complémentaires sur près de 200 patients seront effectuées au troisième trimestre de cette année dans différents hôpitaux en Europe.
La société, qui compte aujourd’hui 33 collaborateurs, espère obtenir le marquage CE d’ici la fin 2010, afin de démarrer la vente de son produit en Europe l’année suivante. «Nous levons actuellement 25 millions de francs supplémentaires, nécessaires à la commercialisation du produit. Nous n’avons pas encore défini le prix de vente mais il devrait être concurrentiel aux stylos à insuline, à savoir environ 250 francs par mois, explique Damien Tappy. Nous espérons réaliser des ventes de 100 millions de dollars d’ici à 2015 et entrer sur le marché américain dès 2012.»

Une pandémie
Le nombre de personnes diabétiques dans le monde est en constante augmentation et s’élève à 230 millions, selon la Fédération internationale du diabète. «C’est une véritable pandémie, représentant plus de 30 milliards de francs de ventes en 2009, soit plus de 13% de croissance par rapport à l’année précédente», affirme Damien Tappy.
Cette maladie apparaît lorsque le pancréas produit trop peu ou pas du tout d’insuline ou bien lorsqu’il fournit de l’insuline mais que l’organisme y est devenu résistant. Le diabète de type 2 représente près de 95% des cas. Il est lié à l’augmentation de l’obésité et au manque d’activité physique contrairement au diabète de type 1 d’origine génétique. Actuellement, le traitement classique du diabète de type 2 consiste, dans un premier temps, à perdre du poids et augmenter son activité physique. Si ces mesures ne suffisent pas, le patient reçoit des antidiabétiques oraux. Ces traitements perdent de leur efficacité avec les années. Le recours à l’insuline devient alors nécessaire. «80% de l’insuline actuellement vendue est destinée à des patients atteints de diabète de type 2», précise Damien Tappy.
Fondée par James Peterson – ex-directeur de la société Haemonetics – CeQur possède un centre de recherche et de développement au Danemark et effectue son développement industriel depuis Boston aux Etats-Unis. CeQur compte essentiellement deux concurrents: Valeritas et Calibra. Qu’en est-il des pompes à insuline? «Elles ne sont pas utilisées par les personnes atteintes d’un diabète de type 2 et ne sont remboursées par les assurances maladies qu’en cas de diabète de type 1», affirme Damien Tappy.
Ghislaine Bloch