Docteur, un check-up s’il vous plaît!
Sans symptômes, faut-il se soumettre à un examen complet?
Jamais nous n’avons vécu si vieux et en bonne santé. Pourtant jamais nous n’avons investi autant de temps et d’argent pour notre santé. La médecine offre aujourd’hui des outils diagnostiques de plus en plus performants. Mais quels examens faire? Quand? A quel âge? La réponse est loin d’être univoque, nous explique la doctoresse Laurence de Chambrier spécialiste en médecine interne.
Pour un adulte sans symptôme, le check-up est-il nécessaire?
Le but d’un tel examen chez une personne en bonne santé est d’identifier et de modifier des facteurs de risque, d’éviter le développement d’une maladie ou de la détecter suffisamment tôt pour en prévenir l’évolution. Le check-up n’a de sens que s’il est adapté à la personne à qui il s’adresse: son âge, son style de vie son histoire familiale, ses antécédents, etc. sont importants et le médecin ne sera pas attentif aux mêmes éléments chez une personne mince jeune et sportive que chez une autre, plus âgée, obèse et sédentaire.
Les femmes jeunes sont le plus souvent régulièrement suivies par leur gynécologue et n’ont de ce fait pas besoin de faire un check-up supplémentaire chez leur généraliste.
Chez l’adulte, après 45 ans, peu d’examens médicaux préventifs se sont montrés clairement bénéfiques, c’est-à-dire capables de diminuer dans une population donnée la mortalité d’une pathologie donnée.
Parmi les interventions utiles il n’y a aucun doute que la détection précoce de l’hypertension artérielle et son traitement permettent de diminuer les maladies cardiovasculaires. Les avantages de cette détection dépassent largement ses inconvénients.
De même la recherche du cancer colorectal après 50 ans permet de diminuer la mortalité causée par cette maladie. S’il existe une histoire familiale de cancer colique, un examen plus précoce est nécessaire.
Dans la rencontre avec le patient il n’y a pas que de l’action! une grande partie de la médecine préventive passe par la discussion et les conseils d’hygiène de vie (arrêt du tabac, alimentation saine, etc.).
Y a-t-il un risque à faire trop d’examens?
Sans aucun doute. Il ne suffit pas de faire des examens, il ne suffit pas de détecter des maladies, encore faut-il que ces maladies soient traitables, et que les traiter plus tôt ait un bénéfice en termes de qualité ou de durée de vie pour le patient. C’est loin d’être toujours le cas et c’est toute la difficulté du check-up chez l’adulte: la chose se transforme trop souvent en un bilan extraordinairement étendu, coûteux et inutile, parfois même dangereux lorsqu’on trouve des résultats anormaux dont on ne sait que faire, qui paniquent le patient et obligent à faire encore plus d’examens, le tout chez quelqu’un qui, rappelons-le, est en bonne santé!
Premier exemple, il a été démontré que dans le groupe de patients fumeurs, une radiographie ou même un scanner thoracique effectués tous les ans ne permet pas en détectant les tumeurs malignes plus tôt, de diminuer la mortalité du cancer du poumon.
Les marqueurs tumoraux que les patients demandent souvent, pour s’assurer qu’ils n’ont pas de cancer, sont peu fiables pour le dépistage et ne doivent en aucun cas être utilisés dans cette indication. On les utilise pour suivre l’évolution de la maladie, pendant son traitement, ce qui est tout autre chose.
Le PSA (prostate specific antigen) fait peut-être exception à la règle. L’utilité du PSA pour le dépistage du cancer de la prostate reste très controversée, car les bénéfices sont faibles en termes de mortalité. Le suivi et le traitement sont souvent pénibles pour le patient. En l’état actuel, pour ce cancer qui est dans la grande majorité des cas une non-maladie, c’est-à-dire qu’il ne provoquera jamais de symptômes, il nous manque un test qui permettrait de détecter parmi toutes les tumeurs indolentes le petit nombre d’entre elles qui sont agressives et qui tuent.
Alors, faut-il rien ne faire?
Il faut continuer à penser qu’on peut vivre en bonne santé tout en se tenant hors du regard du médecin. Aucun doute qu’une alimentation équilibrée, la pratique régulière d’un sport sont des mesures de prévention non médicales bien plus utiles que de se faire examiner des pieds à la tête chaque année.
ANNE-MURIEL BROUET
Enfants suivis de près
Pour les enfants, le suivi régulier est-il essentiel?
Le premier check-up se fait à la naissance! Les pédiatres évaluent le nouveau-né pour s’assurer qu’il est en bonne santé. Pendant les années suivantes, les visites médicales de l’enfant sont rythmées par le calendrier des vaccinations et sont l’occasion de suivre son développement, de répondre aux questions de la mère, de donner des conseils d’hygiène de vie, de détecter, parfois, des signes de maltraitance. Ces visites sont indispensables, et il faut réaliser que la vaccination d’une population représente une mesure de prévention idéale: remarquablement efficace, facile à effectuer, sûre.
A l’adolescence le médecin cherche à détecter les pathologies liées à cette période d’âge. Troubles alimentaires, comportements addictifs, tous symptômes liés à un mal-être, mais aussi discussions en lien avec la sexualité. Une partie de la prévention se fait aussi en milieu scolaire.
(amb)

