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Burnout: réagissez à temps!

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Lundi, 13 septembre 2010

L’épuisement professionnel fait de plus en plus de victimes. Et souvent on ne le voit pas venir!

Votre travail vous obsède? Prudence! C’est peut-être un signe de burnout. Car, si de plus en plus de médecins généralistes sont atteints d’épuisement professionnel (un sur deux!), ils ne sont pas les seuls dans ce cas. N’importe qui peut, à n’importe quel moment, être atteint par ce mal qui brûle de l’intérieur, sans même s’en rendre compte.
Comment s’en sortir et surtout comment l’éviter? Le point avec le Pr Pantéléimon Giannakopoulos, responsable du Département de psychiatrie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Peut-on vraiment tous faire un burnout?
Absolument. Toutefois, ce n’est pas quelque chose qui surgit du jour au lendemain. C’est un phénomène qui s’installe progressivement sans que l’on s’en rende compte. La plupart du temps, c’est la famille ou les amis qui tirent la sonnette d’alarme.

Mais qu’est-ce qui se passe exactement?
La personne en question commence à changer d’attitude. A s’investir de plus en plus dans son travail. Une fois à la maison, elle ne peut pas s’empêcher d’ouvrir des dossiers sur son portable.
Sa vie professionnelle occupe tellement de place qu’elle en oublie des sorties avec sa famille ou ses amis. Elle ne s’occupe plus d’elle, ne fait plus de sport… Le travail devient sa seule préoccupation.

Mais comment se fait-il que l’on ne se rende pas compte soi-même qu’il y a un problème?
Parce que le travail occupe une place très importante dans notre société et que l’on trouve qu’il est normal de s’y investir.

Il faudrait donc limiter soigneusement ses heures de boulot?
Non, le problème n’est pas de travailler 12 heures par jour, mais de ne plus avoir d’amis. De s’isoler. Le burnout est la conséquence d’un déséquilibre entre vie sociale et vie professionnelle, au profit de la seconde.
Pour se prémunir, il est donc important d’avoir des intérêts et des passions autres que le travail qui alimentent sa vie.
Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises obligent leurs employés à prendre leurs vacances dans l’année, afin de prendre du recul, parce que l’on sait que l’accumulation de congés non pris est un facteur favorisant le burnout.

Il y a toutefois des métiers plus à risque que d’autres?
Effectivement. C’est notamment le cas des professions qui impliquent une relation d’aide parfois frustrante, avec une forte attente de reconnaissance sociale, comme les médecins. Ces derniers ont vu l’aura liée à leur activité diminuer, ils sont de moins en moins respectés, on leur fait des procès et, dans le même temps, ils ont la sensation que les exigences de la société ne font qu’augmenter.
Les professionnels sous hautes pressions financières, tels que les traders, sont eux aussi particulièrement exposés.
Et, d’une manière générale, tous ceux qui exercent des métiers demandant des performances accrues au prix d’un possible licenciement. Toutefois, personne n’est à l’abri d’un burnout.

Le stade ultime du burnout, c’est la dépression?
Oui. Mais, avant d’en arriver là, il peut se passer des mois, voire des années… On traverse différentes phases. Peu à peu, on voit son enthousiasme diminuer, on développe une attitude cynique, on accumule de l’amertume, on ne récupère plus de sa fatigue, on peut commencer à boire ou à prendre des anxiolytiques. A ce stade-là, la situation est encore réversible. Mais le problème est que, dans des milieux compétitifs, ce type de comportement est assez fréquent et peut passer inaperçu ou être faussement attribué à la faiblesse du caractère de la personne.

Et ensuite…
Une fois que le burnout est déclaré, l’arrêt de travail est inévitable, bien que très mal accepté. A ce moment-là, on assiste aux premiers signes francs d’une dépression qui peut prendre un caractère sévère.
Pour s’en sortir et se reconstruire, il est indispensable d’avoir recours à une thérapie brève, afin d’évaluer ses aspirations professionnelles profondes et ses limites.
Il faut apprendre à se fixer des objectifs réalistes, à s’occuper de soi et à ne pas négliger son quotidien. Par ailleurs, les liens tissés avec des proches sont déterminants pour rompre la spirale de l’isolement et retrouver un équilibre psychique.

 Pr Pantéléimon Giannakopoulos

 Témoignage de Francis G., finance manager

Directeur financier d’une jeune entreprise, Francis s’est retrouvé épuisé par le travail. Dépression, insomnie, maux de dos… Il a dû se battre plusieurs mois pour reprendre pied.

Il y a trois ans, des connaissances m’ont proposé de m’associer à un projet d’entreprise très ambitieux. Je pensais avoir trouvé le job de mes rêves et je me suis lancé à fond dans cette aventure. Je travaillais 12-13 heures par jour, je me rendais compte que c’était excessif, mais je m’éclatais tellement dans ce que je faisais que ça n’était pas un problème… Après les vacances d’été, l’année dernière, j’ai repris le boulot à un rythme de dingue. Mais, peu à peu, j’ai eu l’impression que, quoiqu’on fasse, on n’obtiendrait jamais un résultat satisfaisant. En plus, mes associés me mettaient une pression constante… Je ne dormais plus, j’étais obsédé par le travail, je faisais des crises d’angoisse, j’avais terriblement mal au dos, je me gavais de somnifères. Ma femme, voyant que la situation empirait, m’a incité à me mettre en congé maladie. Je me suis donc arrêté. C’est à ce moment-là que je me suis effondré. Impossible de me lever, j’avais perdu le goût de vivre. C’était horrible. J’étais détruit physiquement et moralement.

Je me suis alors remis au sport, j’ai un thérapeute et, grâce au soutien inconditionnel de ma femme, je m’en suis sorti. Aujourd’hui, j’ai l’impression de me retrouver. Heureusement pour moi, j’avais une vie en dehors du travail.»