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Un médecin le dit : la maison de naissance fait mieux que l’hôpital

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Jeudi, 30 septembre 2010

BÉBÉS · A grossesse comparable, les accouchements par des sages-femmes sont moins médicalisés, et sans risque accru pour la mère ou le bébé, constate le D Bernard Borel.

Moins de césariennes, moins d’anesthésies, moins d’épisiotomies, et moins de bébés transférés en néonatalogie. A grossesse comparable, l’accouchement en maison de naissance multiplie les avantages sur une délivrance à la maternité, et s’avère moins risqué pour la mère et l’enfant. C’est le surprenant résultat d’une étude menée par le Dr Bernard Borel, médecin-chef à l’Hôpital intercantonal du Chablais à Aigle (VD). Il en a présenté les résultats mi-septembre à Sierre, lors d’un colloque organisé par la Société d’études thanatologiques de Suisse romande, dans le cadre des Journées du patrimoine.

«Le médecin est formé à agir, la sage-femme à accompagner»
«En Suisse, 98% des accouchements ont lieu à l’hôpital», constate le Dr Borel. «C’est ce qui est considéré comme normal, et la majorité des gens ne se posent pas la question.» A Aigle, le choix est à portée de main. Depuis dix ans, l’Hôpital du Chablais offre deux lieux de naissance dans un seul bâtiment: les futures mères peuvent accoucher soit à la maternité, soit à la maison de naissance Aquila, gérée de façon indépendante par une équipe de sages-femmes. Rare, voire unique en Romandie, cette configuration invitait tout naturellement à une comparaison des résultats des deux lieux voisins. Ni sage-femme ni obstétricien, le pédiatre revendique un regard neutre, sans parti pris dans la vieille rivalité entre les deux professions.

Comparer le comparable
Avec le concours d’un statisticien, il a épluché les chiffres des accouchements sur les deux sites entre 2002 et la fin juin 2009. Soit plus d’un millier de naissances: 386 à l’Aquila et 788 à l’hôpital. Pour comparer des événements comparables, le médecin n’a retenu que les naissances hospitalières «sans problèmes prévisibles»: les prématurés de moins de 37 semaines, les césariennes programmées et les naissances à moins de 2,5 kilos ont été retirés de l’étude. Ne restaient donc dans l’échantillon que des accouchements physiologiques qui auraient pu se dérouler indifféremment dans les deux lieux. Premier constat: à grossesse similaire, les femmes ont beaucoup plus de
chances de vivre un accouchement spontané en maison de naissance qu’à l’hôpital: 93% dans le premier cas, contre seulement 53% à la maternité. «A l’hôpital, près d’un accouchement sur deux est soit provoqué (23%), soit stimulé (24%)», constate le Dr Borel. «Ce n’est pas anodin.» Les accouchements en maison de naissance sont aussi moins médicalisés: le taux de césariennes y est quatre fois plus bas qu’à l’hôpital (respectivement 3% et 12%). De plus, 85% des femmes y accouchent sans anesthésie, contre seulement une sur deux à la maternité. Enfin, on y décompte près de deux fois et demi moins d’épisiotomies. «Clairement, l’accouchement en maison de naissance permet une moindre agression du corps», constate le médecin. L’explication? Le travail des sages-femmes implique plus d’accompagnement, et moins d’intervention. En clair: on laisse faire la nature. Quitte à prendre le temps, souligne le praticien. En maison de naissance, l’accouchement dure en moyenne cinq heures, contre seulement trois à la maternité. «La patience et les différentes positions d’accouchement proposées doivent jouer un rôle important», estime-t-il. «Ce sont les deux seules choses qui diffèrent vraiment entre les deux sites.» En effet, même si la maternité d’Aigle a mené toute une réflexion sur l’accueil des parturientes et propose une salle d’accouchement conviviale munie d’une baignoire, force est de constater que les femmes disposent d’une liberté de mouvements plus grande à la maison de naissance. La preuve: moins d’une mère sur cinq y accouche couchée sur le dos, jambes écartées. La majorité des femmes choisit de le faire à quatre pattes (28%) ou dans l’eau (28%), mais aussi en siège maya, accroupie ou couchée sur le côté. »,

Des bébés bien portants

Et les bébés? Le médecin a examiné les statistiques de leur état de santé à la naissance (poids, réactions, éventuelles complications post-natales). Résultat: «Aucun bébé n’a présenté de complications imputables au mode d’accouchement.» De fait, les petits nés à l’hôpital affichent deux fois et demie plus de transferts en néonatalogie que ceux nés en maison de naissance. «La maison de naissance n’augmente pas la pathologie” assure le Dr Borel au contraire, c’est la maternité qui en crée.» Reste à savoir si la configuration particulière de l’Aquila, située au même étage que les salles d’opération, n’a pas faussé les résultats. La plupart des maisons de naissance se trouvent en effet à l’extérieur des hôpitaux, nécessitant un trajet en voiture en cas de problème. «Statistiquement, le risque n’est guère plus élevé dans les maisons de naissance situées en dehors», répond-il. «Mais personnellement, je préférerais qu’elles soient situées à l’intérieur de l’établissement, exactement comme à Aigle. Disons que c’est ma limite en tant que médecin.» N’empêche: il faudrait inverser les priorités, suggère-t-il. La maison de naissance comme premier choix pour tous les accouchements physiologiques qui se présentent «sans problèmes». Et l’hôpital pour les cas à risques, et comme solution de repli en cas de complications. «Chez les médecins, notre formation nous incite à intervenir et contrôler. Nous devrions accepter que ce ne sont pas nous qui maîtrisons la physiologie, et abandonner une part de nos prérogatives aux sages-femmes.»
Annick Monod

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