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Le test d’entrée en fac de médecine peu dissuasif

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Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Lundi, 4 octobre 2010

UNIVERSITÉ – Les auditoires et la bibliothèque débordent, les trois quarts des étudiants échouent en première année. Mais la motivation tient bon.

Beaucoup trop de jeunes s’inscrivent pour des études de médecine à Genève. Un test d’aptitude introduit cette année était censé dissuader les moins brillants à entreprendre ces études difficiles. Raté.
Les infrastructures existantes, à l’université et à l’hôpital, ne suffisent plus à accueillir tous les inscrits (lire encadré). Le tri se fait donc en fin de 1e année. Parmi les cinq cents nouveaux inscrits ce semestre, les trois quarts devront donc doubler, ou renoncer à cette filière.
En réponse à ce problème, la faculté de médecine et le Département de l’instruction publique (DIP) ont introduit cette année une mesure à l’essai: un test d’aptitude obligatoire mais non sélectif pour les nouveaux inscrits. Ceux-ci ont dû, le 9 juillet dernier, mettre à l’épreuve leur logique, leur mémoire et leur concentration. Le test est calqué sur le modèle de celui que les universités de Fribourg, Berne, Bâle et Zürich utilisent de manière éliminatoire.
«Puisque d’autres universités suisses, autrichiennes et allemandes s’en servent depuis longtemps, nous savons statistiquement que les personnes qui ont les moins bons résultats à ce test ne réussissent pas leur première année», explique Martine Collart, professeure et conseillère aux études de la faculté. «Il a donc été proposé aux personnes qui avaient obtenu peu de points de s’entretenir avec un spécialiste de l’orientation et de la formation pour discuter de la signification des résultats et éventuellement envisager une réorientation. Nous espérions que ce test aurait un effet dissuasif pour les étudiants à haut risque d’échec. Malheureusement, nous pouvons dire que, sous cette forme, il n’a eu aucun effet.»

Vers d’autres solutions£
Si plus de jeunes n’ont pas confirmé leur pré-inscription proportionnellement aux années précédentes, c’est effectivement à cause de la formalité additionnelle que le test représente, et non de ses résultats. «Beaucoup ne pouvaient ou ne voulaient pas être présents à Genève en juillet. Ils se sont donc tournés vers l’université de Lausanne, qui a enregistré plus d’inscrits. Mais, parmi ceux qui ont changé d’avis à la suite du test, on compte autant de personnes ayant eu de très bons que de très mauvais résultats», analyse la conseillère aux études. «De plus, seuls deux jeunes ont profité de l’opportunité de rencontrer un orientateur.»
Clara a reçu une lettre annonçant qu’elle faisait partie des 33% ayant le moins bien réussi. «Cela ne m’a pas fait remettre en question mon intention d’étudier la médecine. Sachant qu’il n’était pas sélectif, je ne me suis ni préparée ni investie au maximum. Je ne vois pas comment un tel test peut prédire nos capacités réelles à travailler durant l’année et à comprendre les sciences enseignées.»
A moins que les résultats de juin 2011 ne viennent donner plus de crédibilité au test, il faudrait donc envisager d’autres solutions à cette surpopulation.
L’une d’elles pourrait être une épreuve sélective. «C’est ce que nous voulons», affirme Mme Collart. «Il faut à tout prix éviter de «massacrer» tant de brillants étudiants. Après deux échecs, la majorité est découragée des études et ceux qui en ont besoin ne peuvent plus recevoir de bourse sociale. De plus, nous devons garantir la qualité des études. Un test d’entrée serait donc la meilleure solution.»

Une «mesure paternaliste»
Le DIP n’est pas de cet avis. Il entend garantir un accès démocratique aux études, soit l’acceptation automatique de tout détenteur de maturité dans une université publique. «L’accès universel à l’éducation supérieure est utopiste», réplique Mme Collart. «L’université est la seule institution où l’on n’entre pas par concours ou dossier. Et l’accès à la première année n’est pas synonyme d’accès aux études.»
L’association faîtière des associations d’étudiants, la CUAE, est farouchement opposée à cette idée. «Dans sa forme actuelle, le test est déjà une mesure paternaliste, qui renie aux jeunes adultes la liberté de déterminer leur choix de formation.» Pour l’association des étudiants en médecine, «il est essentiel de donner à tous les étudiants la possibilités de commencer des études de médecine et de les laisser faire leurs preuves sur la 1e année».
Par ailleurs, la CUAE souligne le fait qu’il manque cruellement de médecins dans les campagnes genevoises. On envisage même de relever l’âge de leur retraite pour y remédier. «Il est donc absurde de vouloir en former moins. Il suffirait d’investir plus d’argent pour élever le nombre de places de stage.» Fiona, étudiante de 5e année, suggère: «Aujourd’hui, il n’est possible d’effectuer ses stages qu’à l’hôpital cantonal. Si cela pouvait être étendu aux hôpitaux périphériques tels que Nyon, Neuchâtel ou La Chaux-de-Fonds, la capacité de formation serait nettement accrue.» Un début de solution, peut-être, pour éviter le numerus clausus.
Isaline Thorens

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