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Employeurs et médecins, un dialogue difficile

Entreprise Romande

29 octobre 2010

Les employeurs de personnes accidentées et les médecins gagneraient à discuter. Mais cette collaboration est très rare. La faute notamment au secret médical.

Dans bien des cas, l’employeur et le médecin d’une personne en arrêt de travail à la suite d’un accident auraient tout intérêt à se parler aussi rapidement que possible. Le médecin pourrait ainsi mieux comprendre les caractéristiques du poste de travail, afin d’établir la capacité de travail de la personne et d’établir un pronostic et, si tout se passe bien, de planifier son retour, au besoin avec quelques aménagements. L’employeur aurait une meilleure vue des possibilités de reprise de son employé et des tâches qu’il peut effectuer. Et pourtant, ces contacts sont aussi rares que difficiles. C’est ce qui est ressorti d’un colloque sur la réintégration organisé par la Suva et qui a eu lieu le 14 octobre 2010 à la Fédération des Entreprises Romandes Genève.

Réticences
«Nous avons de très bonnes relations avec l’AI, mais en vingt ans, je n’ai jamais reçu le téléphone d’un médecin», témoigne un employeur. Pourquoi ce manque de dialogue? Du côté des médecins, le docteur François Cerruti, responsable d’une structure d’urgence, souligne la difficulté de trouver des interlocuteurs au sein des petites entreprises, qui ne comptent pas de collaborateur en charge des questions de santé. «On se fait souvent remballer en moins de trois minutes», témoigne un de ses confrères. Il arrive également que ce soit l’employé qui soit réticent à ce qu’un contact soit établi entre son médecin et son employeur. L’obsta cle du secret Côté employeur, on n’a parfois pas l’idée de prendre contact avec le médecin traitant, ou on craint une rebuffade au nom du secret médical. «Les médecins refusent le dialogue, on ne parvient même pas à les avoir au téléphone», témoigne un employeur. «Expérience faite, lorsqu’on prend contact avec des médecins pour planifier la reprise, on se heurte au secret médical», raconte un autre employeur.

Le secret médical:
il s’agit de l’un des noeuds du problème. «En matière d’accidents, il devrait Les employeurs de personnes accidentées et les médecins gagneraient à discuter. Mais cette collaboration est très rare. La faute notamment au secret médical. pourtant jouer un rôle moins important qu’en cas de maladie», constate Constant Laverrière, médecin d’arrondissement de la Suva Genève. «Personne n’a honte de s’être tordu la cheville. » Quoi qu’il en soit, le secret médical ne devrait pas empêcher de préciser quelles tâches la personne peut ou ne peut pas accomplir (c’est ce qu’on appelle l’exigibilité). «Cela ne viole pas le secret médical», précise Max Marendaz, responsable des prestations à la Suva Genève. lien entre les parties Comment établir ce dialogue? La Suva Genève joue un rôle d’intermédiaire dans des cas lourds, mais n’a pas les moyens de le faire dans tous les cas. François Cerruti suggère donc la création d’un poste d’ombudsman, qui ferait le lien entre les entreprises et les médecins, sans susciter la méfiance que l’on observe trop souvent dans les contacts directs. En attendant, chacun, médecin comme employeur, devrait prendre conscience des avantages que peut procurer un tel dialogue.
Pierre Cormon