De plus en plus d’ados prennent de la coke
Déferlant sur toute la Suisse, la poudre autrefois réservée à la jet-set n’épargne ni les écoliers ni les apprentis
Des jeunes de 14 ans qui consomment de la cocaïne, l’image fait frémir. Mais c’est une réalité. En Suisse romande aussi. Et si, pour les professionnels, l’alcool reste la substance la plus problématique, le sniff chez les ados inquiète. «C’est préoccupant, reconnaît Pierre-Yves Aubert, directeur adjoint au Service de santé de la jeunesse à Genève. Certains messages banalisent cette drogue, ce qui peut favoriser les comportements inadéquats.» La chute du prix de la poudre, réservée autrefois à la jet-set et au showbiz, a aussi joué un rôle important dans sa popularité parmi les jeunes. Aujourd’hui, une boulette d’un demi-gramme se négocie autour des 50 francs dans les rues de Lausanne. Les frasques de certains sportifs et de stars qui se font chopper en train de se repoudrer le nez ne sont pas là pour donner l’exemple.
Une ligne à 8 francs
L’an dernier, les experts alémaniques avaient tiré la sonnette d’alarme («Le Matin» du 15 juillet 2008). Des gosses de 12 ans se faisaient offrir des lignes de came pour 8 francs. L’été passé, la Suisse romande semblait épargnée. Olivier Guéniat, chef de la police de sûreté, disait ne pas connaître de cas de jeunes adolescents prenant de la coke. Mais, réaliste, il ajoutait: «Reste que ce qui se passe en Suisse alémanique nous tombera dessus. Ça a toujours fonctionné ainsi dans notre pays.» Les situations rencontrées au CHUV (voir interview ci-contre) confirment cette prévision. A l’étranger, la situation semble encore plus inquiétante. La semaine passée, c’est un reportage de M6 qui montrait des lycéens et des collégiens français passant leurs soirées à se défoncer à la coke. Lors d’une fête, une équipe de copains s’envoyait six grammes de blanche, le tout accompagné de rhum, de vodka et de joints. Aucun d’entre eux ne semblait concerné par les risques induits par un tel comportement. «Il est rare qu’un jeune ne prenne que de la cocaïne, confirme Pierre-Yves Aubert. La plupart du temps, il y associe la consommation d’alcool et de cannabis. Il n’y a plus de distinction drogue dure – drogue douce, mais usage dur – usage doux.»
Hausse générale
«Il y a une augmentation générale de la consommation de cocaïne», explique Corinne Kibora. Porte-parole de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), elle assimile l’offre de cette drogue à «une véritable déferlante». Selon des chiffres de l’ISPA, le nombre de jeunes de 15 ans qui a déjà sniffé est en augmentation. En 1986, ils étaient 1% à avoir mis leur nez dedans. Vingt ans plus tard, ils étaient 2,6%.
Large prévention
«Tous les jeunes risquent un jour ou l’autre d’être confrontés à la cocaïne ainsi qu’à d’autres toxiques, explique Corinne Kibora. C’est pour cela que la prévention doit se faire de manière large. Il ne faut pas se focaliser sur un produit, mais apprendre aux jeunes à dire non.» Ce que confirme Pierre-Yves Aubert. «Nos programmes visent à enseigner aux adolescents à résister à la pression du groupe.»
ATS

