Le dossier médical sur Internet entre enfin en phase de test
Les communes d’Onex, Bernex, Confignon et Lancy vont participer à un projet-pilote. Sous l’œil intéressé d’experts suisses
Figurant parmi «les priorités» du Conseil d’Etat, le réseau communautaire d’informatique médicale e-toile s’apprête à franchir une étape cruciale. Dès février prochain, tous les patients de la région d’Onex-Bernex-Confignon-Petit-Lancy, qui le souhaitent, pourront participer au projet-pilote initié par le Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé (Dares). En cas de succès, il sera déployé sur l’ensemble du canton.
«Nous en sommes à la phase de rodage et nos essais en situation simulée sont tout à fait probants», informe Adrien Bron, secrétaire adjoint au Dares, responsable du projet e-toile.
En toute confidentialité?
Ce dossier médical numérisé vise à empêcher la multiplication des actes médicaux et éviter des erreurs «grâce à une meilleure fluidité dans le parcours des soins et une collaboration plus efficace entre partenaires», explique le cadre de l’Etat: «E-toile, c’est la fin de la prise en charge fragmentée par l’accès partagé aux informations, en toute sécurité!» Et confidentialité? «Le patient est le seul compétent pour autoriser les accès à son dossier grâce à une carte à puce.»
Que de chemin parcouru depuis l’époque où le projet avait littéralement été torpillé par la Commission de la santé du Grand Conseil («Tribune de Genève» du 1er juillet 2006) . Trop cher. Pas assez efficace puisqu’il n’existe aucune obligation d’adhérer au système, et pas assez ambitieux dans son étendue géographique (ndlr: seul le canton de Genève était alors concerné) : les critiques avaient été sans pitié pour Pierre-François Unger. Pourtant, le patron du Dares a toujours cru à ce projet d’avenir qui refait donc surface: «Il n’y a pas de meilleure responsabilisation que de connaître sa propre histoire. Eviter les doublons et des erreurs permet des économies estimées entre 5 et 7%.»
Mais ce serpent de mer a-t-il réellement de l’avenir? «Tout a, il est vrai, démarré à la fin des années 90, sous l’ère de Guy-Olivier Segond. Or, Genève a été longtemps bien seule à croire en cette idée révolutionnaire. Tellement même que Pierre-François Unger a dû geler le projet en 2006, sentant qu’il n’était pas encore mûr dans l’esprit des gens», justifie Adrien Bron. Et puis, ajoute-t-il, «garantir la confidentialité des données et la déontologie demande de grands efforts de conceptualisation. La Fondation Iris a préalablement dépensé beaucoup d’énergie pour concilier partage des infos médicales sur un support électronique, tout en garantissant la sphère privée, et le secret médical. Depuis un an, nous nous efforçons de notre côté de parfaire l’aspect technique, financé par La Poste.»
Avec La Poste
Il a fallu deux changements importants pour que e-toile soit relancé: l’intérêt des prestataires de soins, d’une part, celui de la Confédération, d’autre part. Il n’en fallait pas davantage pour que le Grand Conseil accepte une loi, destinée à concrétiser le bébé, en 2008. «Ce nouvel élan nous a permis de signer un contrat avec La Poste en septembre 2009», se réjouit Adrien Bron.
Un système informatique a ainsi pu être créé. En phase de développement depuis un an, il sera supervisé par des experts nationaux d’«eHealth Suisse international» (ndlr : stratégie nationale sur la cybersanté) aujourd’hui même. Une vraie fierté pour notre canton. «Genève fait figure de pionnier en la matière! Et, s’inspirant de notre projet, Berne ambitionne de rendre accessible le dossier médical informatisé à l’échelon national», conclut le haut-fonctionnaire.
Laurence Bézaguet

