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L’Eglise catholique veut vendre un EMS pour remplir ses caisses

Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Mercredi, 22 décembre 2010

SOCIAL • L’Etablissement médico-social d’Hermance pourrait fermer ses portes à la suite de la décision de son propriétaire, l’Eglise catholique de Genève.

L’EMS de la Maison de la Tour, situé à Hermance et comptant 40 pensionnaires et 50 employés, pourrait fermer ses portes fin 2011. L’immeuble légué en 1902 par Sophie Louise de La Rive à l’Eglise catholique romaine (ECR) de Genève est au centre d’un bras de fer. L’Eglise chercherait à résilier la convention qui la lie à l’association la Maison de la Tour, jugée déficitaire.

La maison de retraite, qui ne représente ni une charge ni un revenu pour l’ECR, avait pour projet la remise aux normes du bâtiment. Des travaux nécessitant un emprunt à l’Eglise de plusieurs millions de francs, ce que l’ECR a refusé. Car cette dernière prévoit un déficit de 1,5 million de francs en 2010, résultant d’une diminution de la contribution financière de ses fidèles et de la réévaluation progressive des salaires des prêtres. Elle espère trouver de nouvelles ressources en valorisant son bien d’Hermance. Une éventuelle vente ou location de l’établissement permettrait à l’Eglise de continuer ses missions.

«Un rôle assué par l’Etat»
«Le rôle de l’Eglise dans ce domaine est d’assumer dans les EMS et les hôpitaux une présence, une écoute, et d’accompagner spirituellement les gens qui le souhaitent», annonce l’ECR dans un communiqué. «L’Eglise n’a plus besoin de mettre à disposition des lieux de vie pour les personnes âgées, c’est un rôle assumé par l’Etat par le biais de ses subventions.» Cependant, Sophie Louise de la Rive avait posé comme condition dans son legs que la propriété d’Hermance devait rester un «asile pour vieillard genevois». L’Eglise a donc pour obligation de respecter les volontés de la testamentaire au risque de devoir renoncer à la propriété. L’ECR estime avoir «largement rempli ses obligations» en respectant depuis plus de cent ans les derniers souhaits de la donatrice, ce que conteste l’EMS. Elle s’est mise en accord avec l’Eglise pour demander une expertise juridique afin de trancher.

La commune ainsi que l’Etat, qui ne possèdent aucun titre sur le domaine, s’opposent à la réaffectation du lieu. Bernard Favre, secrétaire adjoint au Département de la solidarité et de l’emploi (DES), se dit «préoccupé par le désaccord entre les deux parties». Il spécifie que l’EMS d’Hermance constitue une structure importante tant par son emplacement géographique que par la qualité de ses prestations. Une situation inquiétante pour les proches des pensionnaires avertis de la situation. Pia Linder, directrice de la Maison de la Tour, ajoute qu’il sera «difficile pour les patients de déménager alors qu’il leur a fallu du temps pour accepter cet EMS comme leur nouvelle maison ». Le personnel hospitalier reste préoccupé, «surtout les employés de plus de 60 ans qui se questionnent sur leur avenir professionnel», explique Pia Linder.

Cinq EMS prévus
A la possible fermeture de la Maison de la Tour s’ajoute la disparition dans le canton de deux EMS prévue en 2011, et la réaffectation en chambre simple de plusieurs chambres doubles dans certains établissements. En tout, Jean Christophe Bretton, responsable du secteur EMS à la direction général de l’Action sociale du DES, relève la suppression de 120 places. Il annonce en contrepartie la construction de cinq EMS courant 2011, comptant 359 places pour prendre en charge les pensionnaires des EMS fermés ainsi que ceux en attente dans les hôpitaux du canton. Un besoin nécessaire puisque aux HUG «nous avons en permanence depuis le début de l’année une moyenne de 160 patients en attente de déplacement en EMS», annonce le médecin en chef du service des soins continus, Hubert Vuagnat. «Le temps d’attente est estimé en moyenne à cent jours à partir du moment où l’état du patient est stabilisé », précise-t-il. La DSE et la DGAS prévoient en outre l’ouverture de 40 lits supplémentaires par an jusqu’à 2020.
Aline Groley