Médecins et pharmaciens prennent en grippe l’assureur Intras
SANTÉ • Médecins et pharmaciens déplorent le système du tiers garant que met en place la caisse genevoise dès janvier et interpellent le Conseil d’Etat.
L’Association des médecins du canton de Genève (AMG) et pharmaGenève, faîtière des pharmaciens du bout du lac, ont cosigné un communiqué interpellant les conseillers d’Etat Pierre-François Unger et François Longchamp. Les organisations dénoncent le système du tiers garant que prévoit d’instaurer la caisse maladie Intras à partir du 1er janvier 2011. Ce système implique que les assurés paient eux-mêmes leurs frais médicaux (médicaments, consultations, traitements, etc.) pour n’être remboursés qu’après, contrairement au système du tiers payant, pratiqué par la plupart des assureurs helvétiques, qui voit les bénéficiaires payer leur quote-part à leur caisse maladie.
Dans leur communiqué, médecins et pharmaciens déplorent cette politique qui touchera, selon eux, des «personnes âgées, voire très âgées, [...] souvent de condition modeste ». Ils craignent que ces dernières ne se retrouvent en situation de cessation de paiement, perdant ainsi le droit à leurs prestations, comme le prévoit la Loi sur l’assurancemaladie (LAMal).
«Economiser»
Les signataires sont d’autant plus inquiets pour les personnes atteintes de maladies chroniques et multiples, impliquant des traitements constants et coûteux. Ils attendent des MM. Unger et Longchamp qu’ils prennent une «position ferme» face à cette pratique, et qu’ils interviennent auprès du président du conseil d’administration du groupe CSS Assurance – propriétaire d’Intras – et des Chambres fédérales, notamment pour «corriger les conséquences » de l’article 64a de la LAMal, qui prive de prestations tout ceux qui sont incapables de les rembourser.
Joint par téléphone, CSS défend son initiative. «Il s’agit d’une mesure pour économiser des coûts», assure Céline Reymond, chargée de communication. L’objectif, selon elle, est de «faire prendre conscience aux bénéficiaires des coûts réels de leurs prestations». CSS espère que ses clients, obligés de payer leurs médicaments sur place, seront davantage susceptibles d’utiliser des médicaments génériques. De son côté, le Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé (DARES), dirigé par Pierre- François Unger, assure comprendre la démarche des associations signataires. «Nous déplorons également le passage à un système de tiers garant, qui constitue à nos yeux une régression», affirme Adrien Bron, secrétaire adjoint du DARES.
Assura aussi
Ce dernier explique que son département a déjà entrepris les démarches voulues par l’AMG et pharmaGenève: «Nous avons eu un échange de courrier virulent avec le groupe CSS et nous avons fait appel au parlement fédéral en ce qui concerne l’article 64a de la LAMal », assure M. Bron.
Cet article sera effectivement modifié: la Confédération a établi un mécanisme consistant à ce que les cantons assument les coûts et les primes non payées par les bénéficiaires, afin de maintenir les prestations. Initialement prévu pour le 1er janvier 2011, ce dispositif n’entrera en vigueur qu’un an plus tard, «à la demande de certains cantons qui n’étaient pas prêts à assumer cette nouvelle charge», précise le secrétaire adjoint du DARES, ajoutant toutefois que la pratique du tiers payant reste «autorisée par la loi fédérale».
Intras compte actuellement près de 62000 clients dans le canton de Genève. Elle n’est pas la seule à souhaiter pratiquer le système du tiers garant: Assura, autre compagnie importante sur le sol genevois, du haut de ses 64000 clients, l’utilise déjà.
FRANCISCO PEREZ

