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Soigner les démunis

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 23 décembre 2010

Une unité des Hôpitaux universitaires offre des soins aux sans-abri et sans-papiers à Genève

Grâce à l’Unité mobile de soins communautaires (Umsco), plus de quarante sans-abri et sans-papiers reçoivent des soins chaque jour. Soit 15 000 consultations en 2010. Et l’affluence ne fléchit pas: «Il y a une augmentation du nombre de patients chaque année. Nous arrivons à saturation de notre capacité d’accueil, résume le Dr Yves Jackson, médecin responsable de l’unité. Et la situation devient encore plus tendue en hiver.» L’Umsco dispense des soins «hors murs», en visitant les lieux d’accueil pour les démunis, mais accueille aussi les patients avec ou sans rendez-vous dans son centre, situé rue Hugo-de-Senger.

Comme tous les mercredis, une infirmière de l’unité se rend à la Coulou, un centre d’accueil de trente places qui fournit toit et repas pour une durée non limitée. Ce matin-là, un résident n’arrive pas à se lever, un mal de genou lancinant l’empêche de se tenir debout. De lui, on ne saura rien, il refuse de parler. D’autres se livrent par bribes contenues, sans donner leurs noms et âges, et surtout, en refusant net les photos. Par pudeur, ou fierté.

Évaluer, soigner et orienter
Au chevet de l’inconnu, l’infirmière s’appelle Odile Colombel. Elle travaille depuis onze ans à l’Umsco, créé en 1996, suite à l’introduction de la LAMal et l’obligation de souscrire une assurance maladie pour accéder au système de santé. Afin de garantir cet accès aux personnes démunies et sans revenu, les Hôpitaux universitaires de Genève ont été mandatés pour créer une structure qui «ne laisserait personne sans accès aux soins», explique le Dr Yves Jackson.

L’unité spéciale repose principalement sur le travail de cinq infirmières: «On évalue l’état de santé de la personne, on dispense des soins et on réoriente vers une consultation médicale si besoin», explique Odile Colombel. Pour les plus pauvres, ces soins sont gratuits (voir encadré) . Infirmières, médecins et assistants sociaux travaillent en réseau pour aider et rediriger au mieux les nécessiteux. Soigner et orienter sont les deux missions de l’Umsco. A la Coulou, la consultation se déroule dans la salle commune, sous le regard d’une Joconde , au sourire scotché sur les murs jaunes. Telle une Madone, elle semble veiller sur les quatre résidents qui se réveillent avec un sitcom, du café – et même un verre de rosé! – pour petit-déjeuner. Parmi eux, Nasser, un Algérien de 54 ans. Il est venu en Suisse il y a dix ans, laissant femme et enfants au pays. Et n’y est jamais retourné depuis. Sa visite médicale sera brève: un problème de dents qui nécessite une intervention médicale. Odile Colombel lui prépare un bon pour l’Hôpital car l’intervention n’est pas de son ressort.

Instaurer un lien de confiance
A côté, dans l’une des chambres communes, un homme s’affaire: il vient de décrocher un travail et «remonte gentiment la pente». Victime d’une longue dépression, il a trouvé en Odile Colombel un soutien psychologique indispensable. Mais établir une telle relation de confiance prend du temps, ces patients s’apprivoisent petit à petit. «Cela prend parfois des mois, explique l’infirmière spécialisée en psychologie. Je les laisse venir à moi, je ne veux pas être intrusive.»

D’ailleurs, les cinq bonnes fées de l’Umsco s’occupent de deux à trois lieux chacune, toujours les mêmes, pour pouvoir y être connues et connaître les résidents. Cette mobilité permet d’atteindre les précarisés qui refusent d’aller au Centre, souvent effrayés par les structures administratives. La majorité des patients sont des femmes, entre 35 et 40 ans, et les consultations les plus fréquentes concernent le domaine gynécologique-obstétrique. Viennent ensuite les problèmes psychologiques, notamment des états dépressifs et des problèmes liés au stress.

La matinée de visites s’achève. Avant de partir, Odile Colombel s’enquiert du sort des absents, laisse sur les quelques lits vides des petits mots pour signaler son passage et prévenir qu’elle part en vacances. Et souhaiter de joyeuses fêtes!
Aurélie Toninato