Aspartame: une tempête dans un verre d’eau?
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Samedi, 29 janvier 2011
L’aspartame, l’édulcorant artificiel le plus utilisé, suscite de nouveau la polémique. En cause deux études parues fin 2010. L’une, réalisée sur des souris, montre une augmentation des risques de cancer du foie et du poumon chez les spécimens mâles exposés à l’édulcorant de la conception à la mort. L’autre met en relation la consommation de sodas sucrés à l’aspartame et les accouchements prématurés. En France, les consommateurs s’inquiètent au point que l’Agence nationale de sécurité sanitaire est en train de procéder à une réévaluation du produit. Des craintes justifiées?
L’aspartame, cet édulcorant artificiel que l’on retrouve dans plus de 6000 produits, du chewing-gum au yoghourt en passant par les boissons light, suscite à nouveau une vive polémique parmi les consommateurs. L’édulcorant a souvent été accusé d’avoir des effets néfastes pour la santé, avec, chaque fois, un démenti des autorités sanitaires. En France, le Réseau environnement santé a obtenu une nouvelle évaluation de l’édulcorant par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, qui devrait tomber à la fin du mois. En cause, deux études parues fin 2010. L’une, menée par l’Institut de recherches en cancérologie environnementale Ramazzini à Bologne 1, a mis en évidence une augmentation des risques de cancers du foie et du poumon chez des souris mâles exposées à l’aspartame de leur conception à leur mort naturelle. L’autre, une étude rétrospective, danoise portant sur près de 60 000 femmes2, fait le lien entre accouchement prématuré et consommation de boissons gazeuses sucrées à l’aspartame. Le risque augmenterait de 38% avec un soda par jour et de 75% avec quatre! Faut-il renoncer aux édulcorants artificiels? L’avis de Claude Pichard, professeur de nutrition clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève.
Le Temps: Faut-il s’alarmer des nouvelles études parues sur l’aspartame, en particulier celle qui concerne les femmes enceintes?
Claude Pichard: Cette étude épidémiologique est peu convaincante. On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres en les interprétant a posteriori dans le but de confirmer une hypothèse. C’est un peu comme si on disait que les femmes qui prennent le train accouchent prématurément, je suis sûr qu’on peut trouver une relation. C’est vraiment un travail peu contributif pour la santé publique.
– Et les souris? Ce travail confirme des résultats précédents, de la même équipe, mais effectués sur des rats.
– Les modèles animaux sont forcés et il est difficile d’extrapoler ces résultats aux humains. Dans cette étude, les souris ont reçu des doses énormes, cela représenterait 7,8 kg d’aspartame par jour pour une personne de 70 kg, pendant 30 ans. Ces études véhiculent surtout des craintes. L’aspartame est largement utilisé depuis des décades, si cet édulcorant était toxique on le saurait.
– La question de la nocivité des nutriments devrait-elle être posée en d’autres termes?
– On devrait se demander si des nutriments, pris séparément, ont un effet cumulatif. Et si, lorsque l’on s’expose à un produit potentiellement toxique, il n’y aurait pas d’«antidote». Je pense par exemple aux grillades de viande qui produisent des éléments carcinogènes. Leur impact peut être limité par des antioxydants contenus dans les légumes ou les fruits.
– Existe-t-il des «antidotes» aux édulcorants?
– On n’en sait rien!
– Et la stévia, cet édulcorant naturel qui semble avoir tout pour lui?
– Elle a beaucoup d’avantages mais, si elle est connue depuis des décennies, son utilisation industrielle à large échelle est récente, au contraire de l’aspartame.
– Serait-ce une catastrophe nutritionnelle si l’on remplaçait les édulcorants par du sucre?
– Je ne suis pas un fan des édulcorants car ils maintiennent l’appétence pour le goût sucré. Toutefois, trois cafés quotidiens contenant chacun trois sucres représentent, à la fin de l’année, 1,5 kg de matières grasses évitables avec des édulcorants. Si ce poids en moins représente un avantage pour la santé, le petit risque que représente un édulcorant vaut la peine d’être pris. Je pense que le principe de précaution reste valable mais il ne faut pas être jusqu’au-boutiste et bannir les édulcorants. Mieux vaut consommer chaque jour une grande variété d’aliments, cela peut réduire les risques.
1) American Journal of Industrial Medicine.
2) American Journal of Clinical Nutrition.
Marie-Christine Petit-Pierre

