Des allergies au menu
Près de 30% de la population suisse peut devenir allergique. Car, en sus des ingrédients allergéniques classiques, il y a tous ceux qui sont méconnus.
Achaque bouchée, chacun de nous peut devenir allergique. Près de 30% de la population suisse est ainsi atopique, c’est-à-dire susceptible de réagir un jour ou l’autre à un ingrédient. Mais si certains savent qu’ils sont prédisposés, – génétiquement ou parce qu’ils souffrent déjà d’un autre type d’allergie –, beaucoup le découvrent par hasard. Stéphanie Petitpierre, allergologue au CHUV, à Lausanne, nous explique le phénomène.
Pourquoi peut-on soudain réagir à un aliment?
On ne peut pas l’expliquer. Ce qu’on sait, c’est qu’on ne développe une allergie que si on est exposé à l’aliment en question. Les allergies principales diffèrent donc selon le pays: il y a beaucoup de réactions au poisson au Japon, à la cacahuète aux Etats-Unis.
Et en Suisse?
On compte beaucoup d’allergies au céleri (36,3%) et à la noisette (36,8%).
Pourquoi ces deux ingrédients?
Parce qu’on utilise très fréquemment le céleri pour rehausser le goût de bouillons, aromates, etc. Donc beaucoup de gens en mangent très souvent, même sans s’en rendre compte. Même chose pour les noisettes: de nombreuses préparations en contiennent, dont les pâtes à tartiner au chocolat.
A-t-on découvert récemment de nouveaux aliments responsables d’allergies?
Oui. Depuis le début du siècle, les fruits exotiques ont provoqué de nombreuses allergies. Et, ces derniers temps, la farine de lupin, utilisée à la place du blé dans certaines pâtisseries industrielles, et les isolats de blé et de soja, qui sont des protéines modifiées.
Et le lactose et le gluten?
Ils ne provoquent pas d’allergie, mais une intolérance. Ainsi, l’intolérance au lactose est caractérisée par un manque de l’enzyme digestive permettant d’assimiler ce dernier. Les personnes souffrant de coeliakie ou d’intolérance au lactose sont suivies par des gastro-entérologues.
Existe-t-il des allergies alimentaires encore mal connues?
On a longtemps cru que les agents conservateurs ou les exhausteurs de goût étaient responsables de réactions allergiques. Ainsi, le glutamate monosodique, par exemple, fréquemment utilisé dans les plats asiatiques, fait beaucoup parler de lui. Mais aucune étude n’a pu prouver qu’il provoquait des allergies.
Une allergie peut-elle en induire une autre?
Absolument, c’est ce qu’on appelle le syndrome oral croisé. Il existe des protéines semblables dans certains pollens et certains aliments (voir infographie). Une personne allergique aux pollens de bouleau risque ainsi de réagir également aux pommes, aux poires, mais aussi aux abricots, aux pêches ou aux framboises. On parle de syndrome oral, car il se manifeste par une réaction modérée, souvent du prurit (démangeaisons) dans la bouche. Les personnes sensibles aux acariens, pour leur part, peuvent devenir allergiques aux crustacés, mais présentent souvent des réactions plus sévères.
Peut-on développer une allergie à tout âge?
Oui, il n’y a pas de limitation dans le temps. Mais les enfants et les jeunes adultes sont plus touchés: 8%, pour environ 2% des adultes. Par ailleurs, les enfants développent souvent des allergies différentes des adultes: aux œufs ou au lait chez le petit enfant, par exemple. Les allergies alimentaires ont par contre plus de chances de disparaître chez les enfants que chez les adultes.
Est-ce vrai que ce type d’allergie touche des enfants toujours plus jeunes?
Non, les allergies ne touchent pas les enfants de plus en plus jeunes, mais il y a globalement de plus en plus d’allergies chez l’enfant et les enfants présentent des réactions de plus en plus sévères.
Quels sont les symptômes?
Il existe quatre stades de gravité: lorsque la réaction est bénigne, on développe de l’urticaire. Au second stade, on souffre de symptômes digestifs – avec des diarrhées importantes – et d’angiodèmes, souvent localisés: les paupières, où la peau est fine, enflent d’un coup. Ou alors la bouche, ou tout le visage. On peut développer également des problèmes respiratoires, ou alors, dans le cas le plus grave, une baisse de la pression artérielle qui conduit à un choc anaphylactique. Chaque personne touchée réagit différemment.
Les réactions s’amplifient-elles au fil du temps?
Non, elles restent généralement semblables. Et une personne qui a réagi à un aliment réagira presque toujours s’il en consomme de nouveau.
Comment éviter les crises?
Il y a eu des essais de vaccins, mais les réactions étaient trop fortes et l’idée a été abandonnée. Actuellement, il n’y a donc qu’une solution: éviter de consommer l’aliment mis en cause.
Véronique Kipfer
| Lorsque notre visage se met à enfler, qu’on a la tête qui tourne et de la peine à respirer, on a vite tendance à paniquer. Voici donc les conseils du Service d’immunologie et d’allergie du CHUV sur la conduite à tenir en cas de crise allergique: – Pour celui qui réagit à un aliment pour la première fois, pas de miracle: il faut d’abord demander autour de soi si quelqu’un possède un antihistaminique, puis foncer chez le médecin.
– Pour ceux qui connaissent déjà leur allergie, il est important d’avoir toujours une trousse de secours avec soi. Celle-ci doit contenir: – Un antihistaminique: à prendre immédiatement, dès le début de la réaction allergique (notamment en cas de démangeaisons et d’urticaire); – Un autoinjecteur d’adrénaline : à utiliser en cas de symptômes sévères. Ces derniers surviennent généralement de quelques minutes à une heure après l’ingestion. Ils se caractérisent par une grande difficulté à respirer, des troubles digestifs, une transpiration abondante, une sensation de faiblesse et des vertiges et, plus rarement, une perte de connaissance. Consulter ensuite un médecin dès que possible. – Des comprimés de prednisone: ce médicament possède un délai d’action plus long que l’adrénaline (il agit après 1 à 2 heures, pour une durée de 24 h, tandis que l’adrénaline a un effet immédiat). Il permet à la victime de l’allergie d’avoir le temps de se rendre chez le médecin si elle se trouve dans un endroit isolé. |

