Nicolas de Quay: «Le patient n’est plus au centre des préoccupations»
Révolté par la direction du Réseau Santé Valais, le médecin démissionne. Le canton perd ainsi un de ses meilleurs gynécologues. Il nous explique la raison de son départ.
Nicolas de Quay, un des meilleurs gynécologues du canton, claque la porte du Réseau Santé Valais (RSV). Un de plus, un parmi la cinquantaine d’autres médecins qui depuis cinq ans ont quitté l’institution. Un nouvel épisode dans la longue saga du RSV, ponctué par les renvois tonitruants ou les audits exigés par toute la classe politique du canton. Avec, point d’orgue, un chirurgien qui opère en juin 2010 avec la télé diffusant des matches de foot. A la fois fatigué et révolté, Nicolas de Quay a donné sa démission voici cinq semaines. «Je pars à contrecœur et par obligation morale.» Il témoigne.
Vous travaillez au RSV depuis quinze ans. Pourquoi partir?
Je pars pour des divergences éthiques importantes avec la direction du RSV. De partout, à la cafétéria, dans les vestiaires, dans les hôpitaux, en consultation privée, tout le monde met en évidence les dysfonctionnements malsains au niveau de cette direction. Celle-ci ne pose plus le patient valaisan au centre de ses préoccupations et cela me pose de réels problèmes de conscience.
Vous pouvez être plus précis dans vos reproches?
Je l’ai déjà été lors de mes entretiens avec les auditeurs du RSV ainsi que la Commission de gestion du Grand Conseil. J’ai ouvert le livre et je leur ai dit vraiment ce que je pensais. Je pense qu’il y a un manque total d’autocritique de la part du RSV et de sa direction. Elle minimise des faits graves et s’adonne à un copinage malsain. Il n’existe aucune cohérence dans la répartition des disciplines entre les divers hôpitaux valaisans. Cela dessert le Valais et les patients de ce canton. Vous savez, cela fait longtemps que je dérange et que j’ai toujours été très dur avec la direction du RSV. Depuis 2006, j’ai rencontré à de multiples reprises le directeur, Vincent Castagna, ou le médecin cantonal, Georges Dupuis, sans que mon message soit entendu.
Par copinage, vous entendez la façon dont le RSV défend un de ses praticiens qui a défrayé la chronique ces derniers mois?
Je réponds par une métaphore. Si un des meilleurs skieurs de notre canton déclenche une avalanche et tue trois personnes, on voit mal que la Fédération de ski le couvre en répétant sans cesse que c’est un bon skieur.
Vous pensiez un jour quitter le RSV?
Oui, il y a deux ou trois ans, lorsque je me suis retrouvé dans l’impossibilité d’exercer une médecine optimale en Valais et que je me suis senti régresser. Par le biais du RSV, j’ai dû abandonner certaines techniques d’opération minimales et non invasives et faire moins bien. Pour des opérations, je faisais venir en Valais des opérateurs spécialisés, des références suisses, européennes, voire plus. La direction du RSV me l’a interdit, sans explication ni raison.
Pourquoi?
Les raisons étaient sournoises. Peut-être que l’on voulait casser l’Hôpital de Sierre. Car, par la suite, le RSV est allé rechercher ces opérateurs. Il y avait aussi la volonté de mettre sur pied un institut de la stérilité à Sion. Nous avions la possibilité de créer quelque chose avec les plus grands spécialistes du CPMA, à Lausanne. Le RSV a préféré signer une collaboration avec le CHUV en sachant pertinemment que la qualité serait diminuée. Je n’ai rien contre le CHUV, qui était ma maison et qui est une référence complète en échographie. Mais est-ce que le Valais veut se lier avec un seul hôpital universitaire ou est-ce qu’il veut établir des liens avec ce qui se fait de mieux en Suisse?
Le RSV subit un audit, dans lequel vous avez été entendu. Vous en attendez quoi?
Il y a vingt ans, lorsqu’on a dit aux vignerons qu’il fallait couper des grappes pour améliorer la qualité des vins, ils n’ont pas eu le choix. Dans le RSV, on va devoir couper. Si on ne le fait pas, on va vers un réel échec et cela sera sanctionné au niveau politique. Il faut un peu de courage. Il y a pas mal de gens placés à des postes importants à qui je vais dire très clairement qu’ils ne sont pas à la hauteur de leur fonction.
Joël Cerutti

