Peut-on vraiment guérir une arythmie cardiaque?
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Samedi, 26 février 2011
Check-up
Les amateurs de ski ont tous dans la rétine l’image de Carlo Janka, plié en deux, essayant de reprendre un souffle que son cœur lui refusait. Ses pulsations cardiaques sont montées à 180, pendant 40 minutes, après la course d’Adelboden! Le champion grison souffre de troubles du rythme cardiaque, une affection extrêmement rare chez les jeunes. Récemment, il annonçait sur son blog sa décision de se faire opérer au printemps, avec l’espoir de reprendre rapidement la compétition après l’intervention. Un souhait réaliste, alors qu’une étude du CHU de Bordeaux* vient de montrer que, après 5 ans, seuls 29% des patients opérés ne font pas de récidive? Les explications de Marc Zimmermann, rythmologue à l’Hôpital de la Tour à Genève, pionnier de l’opération des arythmies par radiofréquence en Suisse.
Le Temps: Que se passe-t-il lors d’arythmies cardiaques?
Marc Zimmermann: Le rythme cardiaque est généré par un groupe de cellules, le nœud sinusal, véritable chef d’orchestre qui envoie un influx électrique dans le cœur. Si celui-ci se répartit de façon harmonieuse, tout va bien. Dans l’arythmie, l’excitation électrique naît ailleurs et produit un chaos électrique, les contractions du cœur deviennent anarchiques. Chez un sportif jeune, ces fibrillations sont généralement irrégulières et extrêmement rapides. Elles passent de 30 à 50 battements par minute au repos à 110-130 bpm. Le sportif perd alors jusqu’à 40% de ses moyens.
– Quelles sont les chances de réussite d’une opération?
– Cela dépend du type d’arythmie. L’opération par radiofréquence consiste à cautériser le foyer de l’impulsion électrique parasite. Cela se fait par un cathéter dont l’extrémité est chauffée par un courant électrique. L’intervention est assez simple dans les cas d’arythmies auriculaires régulières (flutter auriculaire), car l’intervention se passe dans l’oreillette droite. On connaît très bien l’endroit du court-circuit et on arrive à le cautériser de façon très précise. L’opération dure une heure, avec 95-97% de réussite. Il n’y a pratiquement pas de complications. C’est plus délicat pour la fibrillation auriculaire, la forme la plus courante d’arythmie auriculaire. Car elle affecte essentiellement l’oreillette gauche, où s’abouchent les quatre veines pulmonaires. Il y a donc 4 points à cautériser. L’opération dure de 2h30 à 3h. Le risque reste toutefois faible, inférieur à 1%, et le taux de réussite est de 80%.
– Carlo Janka peut-il espérer retrouver toutes ses capacités après une telle opération?
– Si l’on a réussi à détruire les zones qui posent problème, oui.
– Une étude de l’équipe du CHU de Bordeaux vient de montrer que seuls 29% des patients ayant subi une ablation auriculaire ne faisaient pas de récidive après 5 ans, est-ce juste?
– Ce sont les leaders du domaine, leurs chiffres sont certainement justes. Mais, puisqu’il s’agit d’un suivi à 5 ans, ces chiffres sont basés sur des ablations réalisées en 2002-2003. Depuis, les techniques ont évolué. Mais c’est vrai, on ne peut promettre que Janka sera guéri. Son cas est d’ailleurs rare. En général, cette affection touche des hommes entre 45 et 55 ans, souvent d’anciens sportifs d’endurance.
– On soupçonne un virus d’être responsable des problèmes de Janka, est-ce plausible?
– La fibrillation auriculaire est l’aboutissement de plusieurs facteurs. L’origine purement infectieuse est exceptionnelle. En principe, il faut une prédisposition génétique et des particularités anatomiques. Si les connections des veines pulmonaires avec le cœur sont longues, cela favorise les arythmies, par exemple. Et surtout, dans le cas des sportifs, le système de contrôle des battements du cœur (système nerveux autonome) peut être modifié par l’entraînement et conduire à des perturbations.
Marie-Christine Petit-Pierre
*Journal of American College of Cardiology.

