Les bactéries résistantes aiment les hôpitaux romands
SANTÉ La récente épidémie qui a frappé l’Hôpital de Payerne (VD) puis le CHUV fait office de piqûre de rappel. La Suisse romande est deux fois plus exposée aux bactéries résistantes aux antibiotiques. Explications.
Après avoir paralysé le service de chirurgie de l’Hôpital de Payerne (VD) et causé la fermeture de la moitié nord du 15e étage du CHUV, à Lausanne, l’épidémie de VRE a été maîtrisée en moins de deux semaines. Mais cet entérocoque résistant à la vancomycine, un puissant antibiotique, a rappelé à quel point les hôpitaux sont vulnérables aux bactéries multirésistantes. Et à quel point il valait mieux prévenir que guérir.
«Prendre des mesures aussi drastiques que celles appliquées à Payerne et à Lausanne coûte extrêmement cher», souligne Eric Masserey, médecin cantonal adjoint vaudois. Mais ne pas les prendre serait irresponsable. Car il est hors de question de laisser s’installer les VRE de façon endémique dans les établissements de soins suisses.
C’est malheureusement déjà le cas pour une autre bactérie: le MRSA, ou staphylocoque doré, résistant à la méticilline. La Suisse romande et le Tessin sont particulièrement touchés, avec des valeurs deux à quatre fois plus élevées qu’en Suisse alémanique (voir ci-contre).
On se méfie des patients venus de Suisse romande
Cet écart est même tel que dans les hôpitaux alémaniques, on se méfie des patients venants des autres régions linguistiques. «En cas de transfert de Genève ou Lausanne, nous testons systématiquement s’ils ne sont pas porteurs de MRSA», explique Marco Rossi, chef de l’infectiologie et de l’hygiène hospitalière à l’Hôpital cantonal de Lucerne.
A Berne, on dépiste aussi le MRSA chez tous ceux qui viennent d’un hôpital romand, tessinois ou étranger. «Les patients avec des facteurs de risque d’une transmission de MRSA sont isolés jusqu’aux résultats du test, ce qui dure généralement moins de 24 heures», précise Kathrin Mühlemann, directrice de l’Institut des maladies infectieuses à l’Université Berne.
Egalement cheffe de projet au Centre suisse pour le contrôle de l’antibiorésistance (Anresis.ch), la professeure Mühlemann constate depuis des années ces différences régionales. Elles s’expliquent par tout une série de raisons, à commencer par les échanges de patients avec la France et l’Italie, où les MRSA sont un problème de santé publique bien plus important qu’ici. Et il y a surtout la surconsommation d’antibiotiques, qui contribue à la propagation des souches résistantes.
On sait que, pour des raisons culturelles, cette consommation est plus forte en Suisse romande. Enfin, selon d’autres spécialistes, il y aurait également des facteurs géographiques (il y a davantage de MRSA au sud de l’Europe).
Genève très exposée
Pour toutes ces raisons, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont particulièrement exposés, avec des taux de colonisation de MRSA de 15 à 16%. Le professeur Didier Pittet, responsable du Service de prévention et contrôle de l’infection, explique: «La situation est sous contrôle, voilà vingt ans que nous avons mis en place un système de dépistage en continu.» Du coup, poursuit-il, en intensifiant ces contrôles, on augmente aussi les «chances» de tomber sur un résultat positif. Ce qui, mécaniquement, augmente le score genevois.
Cela dit, Didier Pittet ne conteste pas que le problème est plus important en Romandie qu’en Suisse alémanique: «C’est leur choix de tester tous les patients romands, le nôtre est différent: il y a une multitude d’autres critères qui rentrent en ligne de compte, comme l’âge du malade, son passé d’hospitalisation ou sa provenance, en particulier de l’étranger.» Parfois, raconte son collègue Giorgio Zanetti, du CHUV, certains transferts de patients sont refusés par des hôpitaux alémaniques, parce qu’il manque de place pour une mise en quarantaine. «Cela ne me choque pas», dit-il.
Il faut savoir que chez la plupart des gens, les MRSA ou les VRE, peuvent être présents dans l’organisme sans causer d’infection. En revanche, chez des personnes fragiles, par exemple si elles viennent de subir une opération, les conséquences peuvent être extrêmement graves voire mortelles, comme une infection du sang.
Titus Plattner
titus.plattner@edipresse.ch

