Le cerveau en voie de réparation
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No 13 Semaine du 31 mars 2011
Réparer un cerveau lésé après un accident vasculaire cérébral (AVC): cet objectif qui paraissait inatteignable il y a peu, semble aujourd’hui à portée du bistouri. Jocelyne Bloch, médecin associé au service de neurochirurgie du CHUV, a – la première – apporté la preuve que c’était faisable. Pour l’instant, seuls des singes ont bénéficié de cette intervention, mais les premiers essais cliniques pourraient avoir lieu l’année prochaine.
C’est un espoir surtout pour les 12 000 personnes qui, chaque année en Suisse, ont une attaque cérébrale.
De tous les organes, le cerveau est l’un des plus difficiles à restaurer. Au point que la mort des neurones a longtemps été considérée comme un phénomène irréversible, contre lequel aucune thérapie n’était envisageable. La situation a évolué, comme en témoignent les greffes de cellules foetales, expérimentées pour traiter la maladie de Parkinson.
Toutefois, l’origine de ces cellules suscite de nombreux débats éthiques; en outre, la transplantation de cellules étrangères au patient entraîne un risque de rejet. Deux écueils que ne rencontre pas l’autogreffe, qui consiste à réimplanter chez un individu ses propres neurones.
Cette piste est devenue exploitable depuis que l’on a découvert, dans des régions cérébrales restreintes comme la zone sous-ventriculaire et l’hippocampe, l’existence de cellules souches capables de donner naissance à de nouveaux neurones. Mais l’équipe de la Lausannoise a fait mieux encore: elle a trouvé des cellules «qui ont les caractéristiques des cellules souches», précise Jocelyne Bloch, mais cette fois dans le cortex cérébral, «l’enveloppe du cerveau».
Dextérité retrouvée. Une découverte qui est due au hasard. Biologiste au CHUV, Jean-François Brunet étudiait des petits morceaux du cortex provenant de patients lorsqu’il a observé, dans ses cultures cellulaires, la présence de ces «progéniteurs neuronaux», comme il les nomme. «Nous nous sommes alors lancés dans le projet d’autotransplantation.»
Les expériences ont alors démarré en collaboration avec l’Institut de physiologie de l’Université de Fribourg. Prélevées dans le cerveau des primates, ces cellules ont été mises en culture puis greffées chez leur donneur. Étonnamment, «les cellules réimplantées dans des parties saines du cortex disparaissaient, alors qu’elles subsistaient dans les zones lésées, souligne Jocelyne Bloch. Trois mois plus tard, elles étaient devenues des neurones.»
Restait à s’assurer que l’intervention avait eu un effet sur la dextérité des primates dont les capacités motrices d’une main avaient été affectées par une lésion cérébrale. L’expérience, dont les résultats seront prochainement publiés dans la revue médicale Neurosurgery, a été largement concluante, comme en témoigne une vidéo qui en rend compte.
On y voit le même singe en train de récupérer des boulettes de nourriture dans des trous, avant la greffe – alors que l’animal a spontanément retrouvé une partie de ses capacités motrices – et quelques semaines après. La différence saute aux yeux. «La transplantation a permis d’améliorer de 20 à 30% la récupération spontanée», précise Jean-François Brunet.
Techniquement, tout est prêt pour la réalisation des premiers essais cliniques. «Ils pourraient avoir lieu à la mi-2012», espère Jocelyne Bloch. Car avant, il faudra disposer du futur Centre de production cellulaire du CHUV, dont Jean-François Brunet est le chef de projet.
Il faudra obtenir les autorisations requises de la part des autorités, et enfin réunir les financements nécessaires – ce qui n’est pas une mince affaire puisque le prix à payer pour chaque patient sera de 30 000 francs. Mais Jocelyne Bloch reste confiante. «On a déjà résisté au dogme selon lequel il était impossible de trouver des cellules souches dans le cortex cérébral» précise-t-elle. Alors, maintenant qu’il s’agit d’aller de l’avant, «on y croit.»
Elisabeth Gordon

