«C’est une aberration!»
Polémique Une conseillère en planning familial s’insurge contre l’initiative voulant l’arrêt du remboursement de l’avortement.
Alice Conçu, conseillère en santé sexuelle et reproductive au service de consultations de santé sexuelle-planning familial de la Fondation Profa, n’en revient pas: l’initiative touchant à l’avortement est un non-sens. «Le fait même de mentionner l’arrêt du remboursement de l’avortement par l’assurance de base est purement et simplement une aberration et une manière de déguiser un combat directement dirigé contre l’avortement.»
Et si c’est de finances que les initiants veulent débattre, Alice Conçu souligne alors que l’idée même de faire des économies est absurde. «Les enfants qui naîtront dans des conditions difficiles, de parents qui n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins et de les prendre en charge, réalisent-ils que cela aussi a un prix? Le coût d’un enfant en Suisse est très élevé. L’argument économique ne tient pas la route.» Elle poursuit: «Une telle initiative encouragera automatiquement un retour à la barbarie! Quoi qu’il arrive, certaines femmes, dans des situations de précarité avancées, feront tout pour mettre un terme à leur grossesse, ce qui engendra un coût encore plus conséquent pour la société: infections, décès… On arrivera à des situations extrêmes qui sont parfaitement intolérables.» La professionnelle ajoute encore que, quelle que soit la situation, un avortement n’est jamais une décision prise à la légère.
Manque de solidarité
Si le peuple suisse devait voter en faveur de l’initiative, qu’adviendrait-il alors des femmes précaires, se demande encore Alice Conçu: «J’ai dernièrement rencontré une personne dans une situation particulièrement difficile, qui n’a pas d’assurance et qui souhaite interrompre sa grossesse. Pour mener à bien l’intervention, il lui en coûtera 2000 francs. Au minimum. Comment va-t-elle payer? C’est abominable de voir tout ce que cela pourrait engendrer. Prostitution, surendettement…»
Salika Wenger, féministe engagée et conseillère municipale genevoise, rejette avec véhémence l’idée même de cette initiative et rejoint les propos d’Alice Conçu: «Qui s’occupera des enfants indésirés? Et comment peut-on accepter le retour aux interventions clandestines?» La responsable genevoise de l’association Ni putes ni soumises est hors d’elle et souligne qu’une initiative pareille revient tout bonnement et simplement au rejet du principe de solidarité. «C’est une fois de plus les femmes les plus démunies qui vont devoir faire avec. C’est parfaitement scandaleux!»
Déjà signée par près de 100 000 personnes, l’initiative contre le remboursement de l’avortement par l’assurance de base devrait vraisemblablement finir en votation. Mais le combat n’est pas gagné d’avance. Et, à en croire les politiques de tous bord (voir ci-dessous), le combat s’annonce houleux.
Winnie Covo

