Pour plus d’égalité face au cancer
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Vendredi, 29 avril 2011
Santé Les organisations de lutte contre la maladie présentaient hier leur nouveau programme . Elles soulignent le besoin de coordination
Obtenir une vision globale pour mieux organiser la lutte contre le cancer et offrir à tous les citoyens suisses une égalité de chances face à la maladie. Ce sont les grandes lignes du Programme national 2011-2015, présenté hier à Berne par Oncosuisse, plate-forme stratégico-politique regroupant les organisations concernées.
Au terme du programme 2005-2010, un constat s’impose, souligne Richard Herrmann, président d’Oncosuisse: «Tant en ce qui concerne le nombre de nouveaux cas que de personnes atteintes et de décès, le cancer a continué à l’emporter au cours des dernières années.» Un récent rapport de l’Office fédéral de la statistique (LT du 08.02.2011) relevait que le mal frappe chaque année quelque 35 000 personnes à travers le pays et en tue environ 16 000. Ce qui en fait la deuxième cause de mortalité derrière les maladies cardiovasculaires.
Les données manquent pour établir précisément le rôle des différents facteurs dans l’augmentation du nombre de cancers. Celle-ci est notamment liée au vieillissement de la population. «L’âge est le grand facteur de risque», rappelle Jakob Passweg, président de la Ligue suisse contre le cancer. Il y a aussi un effet lié à une amélioration du dépistage. Le spécialiste illustre son propos avec l’exemple du cancer du sein dans le canton de Genève, qui se situe à la pointe dans ce domaine: le nombre de nouveaux cas est élevé mais la mortalité est plus basse, en raison du diagnostic précoce. Entrent aussi en compte des aspects comportementaux et environnementaux.
En Suisse, en l’absence d’un registre national des tumeurs, il est difficile d’avoir une vue d’ensemble. «Il y a toujours des trous, il faut extrapoler les données», confie Jakob Passweg. Une loi pour obtenir un «tapis» de registres cantonaux couvrant tout le territoire national est en projet. Ces registres existent déjà dans la plupart des cantons. Ils doivent voir le jour dans les années qui viennent en Argovie et en Thurgovie, mais font toujours défaut à Berne, Soleure, Schwyz et Schaffhouse.
Il existe par exemple des écarts significatifs d’une région à l’autre pour les cancers du poumon, du sein, de la peau ou de l’estomac, qui pourraient s’expliquer par des différences dans le mode de vie, les programmes de dépistage, les conditions thérapeutiques ou d’autres facteurs modifiables moyennant une certaine politique, estiment les spécialistes. Jakob Passweg explique qu’une vue globale permettrait tout d’abord d’avoir des chiffres exacts mais aussi d’examiner les causes – géographiques, par exemple – ainsi que les diverses prises en charge afin de déterminer les meilleures solutions.
«En Suisse, les chances de bénéficier du diagnostic et du traitement les meilleurs possible sont diversement réparties en fonction de la géographie et de la spécialité», relève Thomas Cerny, président de la fondation Recherche suisse contre le cancer. «Est-il juste que l’accès à une mammographie de bonne qualité dépende de l’appartenance à tel ou tel canton? renchérit Jakob Passweg. Car cet aspect peut décider du degré de la maladie, voire signifier la mort.» Les programmes de dépistage dans ce domaine sont très disparates. Tous les cantons romands en ont, alors qu’ils sont absents en Suisse centrale, ainsi qu’en Argovie, à Zurich ou en Appenzell.
Le Programme national contre le cancer 2011-2015 a pour but d’identifier les problèmes et d’indiquer la voie à suivre. Il s’adresse aux décideurs politiques, mais aussi aux organisations sanitaires, au monde de la recherche et au public. Ses recommandations, de l’épidémiologie à la réadaptation en passant par la prise en charge psychosociale et les soins palliatifs, doivent permettre d’établir une feuille de route pratique pour améliorer la lutte contre la maladie.
Il prévoit par exemple le renforcement de la prévention concernant le tabac et l’alimentation ou la poursuite des recherches sur d’autres facteurs de risque. Avec la participation d’acteurs du domaine de l’oncologie à la surveillance des polluants, de certaines infections virales spécifiques et des interactions entre gènes, environnement et mode de vie. Le programme recommande en outre un dépistage systématique des cancers du sein, du colon et du col de l’utérus dans tout le pays. Du côté thérapeutique, Thomas Cerny préconise une approche plus individualisée du traitement ainsi que la création de centres de compétence nationaux pour la prise en charge des cancers rares.
Lucia Sillig

