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Comment les Vaudois encouragent la relève des médecins et infirmières

Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Mardi, 31 mai 2011

PROFESSIONS MÉDICALES • Le canton multiplie les possibilités de se former aux professions de la santé. La stratégie de lutte contre la pénurie lui coûte 11,5 millions.

Le Québec veut convaincre «ses» infirmières de ne pas s’établir hors de ses frontières. Cet aléa du marché mondial du travail dans le secteur aura des conséquences sur le canton de Vaud, fort employeur d’infirmières étrangères, qui représentent un quart à une moitié des infirmières, selon les hôpitaux vaudois.
C’est un des multiples aspects de la raréfaction du personnel dans les professions de la santé. Enumérés hier par les ministres vaudois de la Formation et de la Santé, Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard, ces causes de la pénurie n’ont pas encore produit leurs pires effets. Les deux conseillers d’Etat ont fait le bilan des mesures prises.
Délais d’attente allongés
C’est l’allongement de la durée de la vie qui est le principal facteur de raréfaction de professionnels de la santé. Cette tendance de fond fait grimper les besoins de soins dans une proportion de 13 à 25%. En 2020, prévient Pierre- Yves Maillard, un peu moins de 40% des médecins établis dans le canton auront pris leur retraite (800 sur 2050). «C’est un moment particulièrement critique.» Une consultation médicale sur quatre risque de ne pas être satisfaite, en raison de l’allongement des délais d’attente, articule-t-il en citant une étude de l’Observatoire de la santé.
Soigner est un dur métier, pourraiton résumer. Horaires pénibles, «charge psychique» lourde, conciliation difficile avec la vie de famille expliquent le manque d’attractivité des professions de la santé. Le budget dédié spécifiquement à la promotion de ce domaine professionnel a grimpé de 8,5 à 11,5 millions entre 2010 et 2011, pour les deux départements – formation et santé – ensemble. Avec cette somme, les deux départements travaillent à la fois sur l’augmentation des effectifs et la formation postgrade.
«Il y a quelques années, nous désespérions de savoir comment faire pour déclencher de l’intérêt, mais aujourd’hui nous constatons une croissance extraordinaire», se réjouit Anne- Catherine Lyon. Le nombre d’étudiants de première année est monté de plus de 30% dans les filières HES de soins infirmiers, ainsi que pour le CFC d’assistant en soins et santé communautaire, lancé en 2001. C’est devenu la troisième formation initiale la plus prisée. Les trois quarts des apprentis formés travaillent dans leur métier, alors que 15% d’entre eux se lancent dans la maturité professionnelle santé pour accéder aux HES santé.
Nouvelle offre de formation
D’ailleurs, dès la rentrée 2011, une nouvelle offre de formation tend les bras à ces apprentis, mais aussi à d’autres catégories de jeunes. La HES santé du canton de Vaud instaure une «année propédeutique santé» avec un impératif de souplesse entre filières. Elle permet aux étudiants sans maturité professionnelle spécialisée santé de «découvrir» le milieu, explique la ministre. «C’est une année où tout est possible.» Les inscriptions, closes aujourd’hui, sont au nombre de 244.
En se diversifiant, l’offre de formation s’académise. Ainsi, l’Université de Lausanne et les Hautes écoles spécialisées créent un «Master en sciences infirmières». Mais le développement de l’offre de formation ne s’adresse pas qu’à la population des jeunes étudiants. Un autre programme concerne les infirmières qui ont quitté leur carrière pour s’occuper de leurs enfants. Avant de retourner au travail, elles sont ainsi 280 à avoir profité d’une remise à niveau professionnelle entre 2004 et 2010.
Pas assez de généralistes
Pour les médecins, la musique est encore la même: trop de spécialistes, pas assez de généralistes. La formation académique des généralistes a été renforcée, notamment avec la création d’un institut universitaire. Le développement d’un programme postgrade avec stages en cabinets a permis de former 46 médecins assistants. La formation de médecins assistants se fait non seulement à Lausanne (CHUV et PMU), mais aussi dans les régions. Deux programmes régionaux ont été lancés, dans l’Ouest vaudois et le Nord vaudois pour lutter contre l’exode des généralistes. Pierre-Yves Maillard dit aussi ses craintes face à la réforme du financement hospitalier: «Il faut pemettre aux cantons de conserver leurs compétences, leurs mécanismes propres. Pour être sur la liste LAMal, le canton de Vaud fixe ainsi comme condition aux établissements hospitaliers de former du personnel.» Des marges de manoeuvre mises en péril par Berne, explique le socialiste.
Jérôme Cachin