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Santésuisse mise sous pression par le retrait de la caisse Sanitas

letemps.ch
Jeudi, 30 juin 2011

Caisses maladie le lobby des assureurs est menacé d’éclatement – Ses membres optent de plus en plus pour le chacun pour soi

 

Le départ de Sanitas, sixième assureur maladie de Suisse, va-t-il faire éclater Santésuisse? L’association faîtière des caisses veut calmer le jeu. Pour Françoise Tschanz, porte-parole de Santésuisse, «cela ne va rien changer». Elle ne craint pas un affaiblissement de l’association. Sans Assura, parti en 2008, et Sanitas, Santésuisse représente encore 86,5% des assurés: «C’est suffisant pour être efficace», déclare Françoise Tschanz, qui ajoute: «Je ne connais pas les réelles raisons du départ de Sanitas. Nous le regrettons. Mais si un membre ne se retrouve pas dans les lignes directrices d’une association, il en tire les conséquences.»

Dans son communiqué publié lundi, Sanitas dit avoir eu l’impression d’être de moins en moins bien représentée par l’association faîtière des assureurs maladie. Dans quels cas? Il n’est pas possible de le savoir. «Le retrait de Sanitas n’est pas motivé par une ou plusieurs divergences en particulier, précise Isabelle Vautravers, porte-parole de Sanitas. C’est plutôt une analyse globale. Pour Sanitas, il est important de renforcer les mécanismes de marché et de concurrence dans le système de la santé. Face à divers projets régulatoires, Santésuisse n’a pas toujours défendu ces principes avec toute la conséquence que nous attendions.»

Une position qui colle bien avec la réputation de défenseur pur et dur de l’économie de marché qu’a l’assureur Sanitas. Qui reste membre de l’Association suisse d’assurances (ASA), émanation des assureurs privés, alors qu’Helsana vient d’annoncer son retrait de cette structure. Une manière pour Helsana, première caisse de Suisse avec 1,9 million d’assurés, de montrer ses muscles. Car on dit qu’elle pourrait être la prochaine à quitter le navire de l’association faîtière Santésuisse. Fin avril, dans la Handelszeitung, Thomas Szucs, directeur d’Helsana, n’excluait pas cette option.

Depuis six mois, Helsana, KPT et Sanitas font déjà bande à part pour la négociation des tarifs avec les prestataires de soins, renonçant pour cela aux services de Tarifsuisse, une filiale de Santésuisse. L’annonce du départ de Sanitas de l’association faîtière renforce ce sentiment du chacun pour soi.

Une évolution qui inquiète H +, l’association des hôpitaux de Suisse: «Nous sommes un peu préoccupés, car Santésuisse est notre partenaire principal», dit Reinhard Voegele, chef de la communication de H +. Le conseiller national socialiste Jean-François Steiert, vice-président de la Fédération suisse des patients, ne s’émeut pas particulièrement de la sortie de Sanitas. Mais il constate: «Ce départ illustre l’affaiblissement progressif de Santésuisse. Or, si l’association faîtière s’affaiblit, le système va devenir encore moins transparent et compréhensible pour les patients.» Le Fribourgeois le constate déjà sous la Coupole: «Chaque assureur fait son propre travail de lobby. Dans cette logique de concurrence interne, où chacun développe ses propres modèles et conclut des contrats privilégiés avec des prestataires de soins, avant d’en offrir lui-même, il n’y a bientôt plus de place pour Santésuisse.»

La PDC Thérèse Meyer, présidente de la commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national, regrette l’érosion de la représentativité de Santésuisse: «Pour la qualité des soins et la maîtrise des coûts, nous avons besoin de partenaires forts.» Ignazio Cassis, vice-président de la FMH et conseiller national libéral-radical, se dit neutre: «Pour ma vision libérale, un affaiblissement de Santésuisse, donc d’un cartel, est plutôt positif. Dans l’idéal, on devrait s’en passer, comme de la FMH d’ailleurs. Mais je reste réaliste.»

Pour Santésuisse, la période de turbulences ne fait que commencer. Il y a les grands chantiers de l’assurance maladie, comme le changement du système de financement des hôpitaux, les réseaux intégrés de soins et probablement une nouvelle initiative en faveur d’une caisse unique. Mais surtout, suite à l’annonce surprise du Vaudois Claude Ruey de quitter la présidence à la fin de cette année déjà, elle doit chercher une personnalité capable de tenir la barre face aux mouvements centrifuges de ses membres. La procédure s’annonce longue et ardue.
Catherine Cossy