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Tout petit oui pour le diagnostic préimplantatoire

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 30 juin 2011

Les couples porteurs d’une maladie héréditaire grave pourront y avoir recours si aucune autre méthode de dépistage n’est possible

L’interdiction du diagnostic préimplantatoire (DPI) devrait enfin être supprimée en Suisse. Depuis six ans déjà, la majorité du Parlement a donné son accord de principe. Et après une première ébauche jugée inapplicable par les professionnels, le Conseil fédéral a présenté hier un projet plus libéral.
Les couples qui risquent de transmettre une maladie génétique grave à leur descendance vont donc être autorisés à recourir à cette technique d’analyse génétique de l’embryon avant son implantation dans l’utérus, lors d’une fécondation in vitro. Mais à de très strictes conditions. Le DPI ne pourra être pratiqué «que si le danger concret que l’enfant soit porteur d’une prédisposition génétique à une maladie grave, dont la présence est avérée chez le couple parental, ne peut être écarté d’une autre manière», explique l’Office fédéral de la santé publique. Autrement dit, pas de diagnostic préimplantatoire pour dépister la trisomie 21 ou encore pour sélectionner un embryon en vue d’un bébé médicament. Gabriel de Candolle, président de la Société suisse de médecine reproductive, estime que ces garde-fous sont raisonnables. «Il faut être très prudent et ne pas ouvrir la boîte de Pandore. En Suisse, aujourd’hui, les esprits sont mûrs pour admettre le diagnostic préimplantatoire dans les cas de maladies héréditaires graves. Faut-il aller au-delà et l’étendre à d’autres cas? Je ne le sais pas. Les esprits sont divisés chez les professionnels. Mais à mon avis, cela nécessiterait un débat éthique qui dépasserait le cadre médical.»

Lorsqu’un DPI est nécessaire, huit embryons – au lieu de trois lors d’une fécondation in vitro ordinaire – pourront être développés. Les médecins pourront alors prélever une cellule et l’analyser afin de sélectionner les embryons sains. Ceux qui ne seront pas implantés pourront être congelés en vue d’une implantation ultérieure – ce qui est aujourd’hui interdit, les embryons surnuméraires devant être détruits. On estime que 50 à 100 couples par an pourraient avoir recours à un diagnostic préimplantatoire. «Limiter à huit le nombre d’embryons à développer est arbitraire et cela me surprend. Mais c’est un pas dans la bonne direction», se réjouit Gabriel de Candolle.
Le projet nécessitera une modification de la Constitution et donc une votation populaire. Les premières critiques se sont déjà fait entendre. La Conférence des évêques suisses estime le DPI contraire à la dignité de l’homme.
Judith Mayencourt