Actelion a enregistré des résultats nuancés pour un médicament
![]()
Mardi, 30 août 2011
Pharma L’avenir du groupe dépend de résultats cliniques attendus en 2012 - Les analystes financiers ne se sont pourtant pas affolés
Actelion suit un parcours qui sort de l’ordinaire. Après avoir évité, en mai, un profond remaniement, voire la vente de la société, le groupe pharmaceutique bâlois, agité il y a peu par l’activisme du fonds d’investissement Elliott Advisors, a annoncé lundi un revers qui a eu pour effet inverse de faire bondir le cours de l’action de 4,25% à la clôture de la bourse suisse.
La nouvelle était fondamentalement mauvaise. Macitentan, le médicament actuellement en essais cliniques de phase terminale III, crucial pour la société et seul espoir de remplacer Tracleer, médicament phare contre l’hypertension artérielle pulmonaire dont le brevet échoit en 2015, s’est révélé inefficace.
Les analystes financiers ne se sont pas affolés car les résultats cliniques révélés lundi concernent une autre indication thérapeutique, soit la lutte contre la fibrose pulmonaire (IPF) et non pas l’indication principale de lutte contre l’hypertension (PAH). L’étude, dite MUSIC, pour combattre l’IPF, a touché 178 patients. Macitentan se révèle parfaitement inefficace pour ce traitement, ce qui conduit Actelion à ne pas lancer des essais cliniques plus vastes. Le médicament, délivré à haute dose, soit 10 mg, a par contre été bien toléré et n’a pas provoqué d’effets secondaires notables connus dans cette catégorie, comme des maux de tête, de l’hypotension ou des rhinites.
Ce bon profil de sécurité a rassuré les investisseurs, dans l’optique des études cliniques de Macitentan dans l’indication PAH, attendues au premier semestre 2012. L’indication IPF représente un petit marché. Les analystes financiers, à l’instar de celui de la Banque cantonale de Zurich qui ne l’avait pas inclus dans ses calculs en tablant sur une probabilité d’échec de 70%, attachaient donc peu d’importance à ce traitement pour l’avenir d’Actelion.
Il en va tout autrement de Macintentan dans le traitement de la PAH. Andrew Weiss, analyste de Vontobel, estime son chiffre d’affaires annuel potentiel à 2 milliards de francs. Appelé à remplacer Tracleer, qui génère des ventes annuelles de 1,6 milliard de francs et représente plus de 87% du chiffre d’affaires d’Actelion, Macitenan est vital pour le groupe bâlois.
Les résultats des essais cliniques de phase III, portant sur 740 patients, ont été plusieurs fois reportés. En avril, ils étaient annoncés pour la fin de l’année. En juillet, Jean-Paul Clozel, patron d’Actelion, évoquait «les premiers mois de l’année prochaine». Aujourd’hui, la société annonce qu’ils seront disponibles «durant la première moitié de l’année 2012». Plusieurs responsables d’Actelion n’ont pas caché qu’un échec de Macitentan entraînerait une profonde restructuration de la société qui compte plus de 2500 collaborateurs. Cela pourrait aller de la conclusion de partenariats avec des groupes pharmaceutiques pour financer une partie des frais de recherche et développement, à la mise en vente de l’entreprise, en passant par une fusion.
Actelion n’a pas, hors Macitentan, de relais de croissance à court terme. Un médicament prometteur contre la sclérose en plaques a donné de bons résultats cliniques de phase II il y a trois semaines, mais il ne sera pas sur le marché avant au moins cinq ans. La concurrence est par ailleurs solide dans ce domaine thérapeutique, notamment avec le médicament Gilenya de Novartis, sur le marché américain dès l’automne 2010 et en Europe dès le printemps de cette année.
Actelion, qui a enregristé une perte d’exploitation de 223 millions de francs au premier semestre, s’apprête à boucler l’exercice 2011 dans les chiffres rouges à cause de l’impact de la force du franc et d’une importante provision constituée dans un litige qui l’oppose à la société japonaise Asahi Kasei, suite à l’achat, fin 2006, de la société américaine CoTherix. Actelion a été condamnée, en mai, à verser 516 millions de dollars. A noter que le médicament Ventavis, contre l’hypertension, principal produit hérité de CoTherix, génère un chiffre d’affaires annuel de 118 millions de francs.
Willy Boder

