Berne souhaite faire le tri parmi les thérapeutes non-médecins
Un diplôme fédéral pour les médecines douces se profile pour 2013. Une première en Europe
Rolfing, biorésonance ou ozone thérapie. Mais de quoi parle-t-on? Il s’agit de méthodes de soins alternatives à la médecine classique. Il en existe des centaines d’autres. De quoi y perdre son latin, ce d’autant qu’aucun diplôme fédéral, à l’exception de l’Art-thérapie, ne couronne la formation de ces thérapeutes non-médecins.
La situation pourrait rapidement changer. Deux organisations professionnelles de la santé œuvrent pour la création d’examens fédéraux: l’un en médecine alternative, l’autre en thérapies complémentaires.
Interdit sans diplôme fédéral
Cette réglementation marquerait un tournant. A l’heure actuelle, c’est le règne des écoles et des instituts privés qui ruinent souvent la bourse des étudiants, sans offrir de véritable reconnaissance professionnelle. Sous l’égide de l’Office fédéral de la formation professionnelle (OFFT), deux examens fédéraux devraient voir le jour en 2013. Jean-Michel Plattner, secrétaire général de l’organisation professionnelle des thérapies complémentaire (OdA TC), insiste sur la nécessité de mettre fin à une situation chaotique: «Une harmonisation s’impose dans l’intérêt et la sécurité du patient.» Cerise sur le gâteau, l’OFFT finance le projet à hauteur de 60%.
A ce stade, les organisations faîtières ont défini deux profils professionnels: thérapeute en médecine alternative et thérapeute complémentaire. Le premier traite autrement; le second complète la médecine traditionnelle. L’OFFT validera ou non le règlement d’examen d’ici à février 2013. «Au final, un nombre nettement plus bas que les quelque 250 méthodes disponibles sur le marché devraient être reconnues comme formation de base pour obtenir le diplôme fédéral», estime Jean-Michel Plattner. Concrètement , les candidats à l’examen étudieront un tronc commun avec entre autres des heures en médecine classique et en communication humaine, puis des modules de branche selon les méthodes choisies. Les praticiens déjà installés accéderont à l’épreuve sur dossier. «Il est indispensable d’offrir la possibilité à tous les thérapeutes d’obtenir un diplôme professionnel reconnu», souligne Jean-Michel Plattner.
L’objectif de la réforme vise à éviter qu’un patient ne tombe entre les mains de praticiens peu sérieux, formés en quelques jours. La fondation ASCA, qui compte 16 000 thérapeutes, et le RME (Registre des médecines empiriques) ont déjà mis en place un label de qualité, afin que les assurances complémentaires remboursent les prestations de leurs affiliés. Le futur diplôme fédéral marquera un pas de plus vers une vraie reconnaissance professionnelle. Ce qui ne manquera pas de redéfinir le rôle de ces acteurs privés et de faciliter le remboursement par les caisses maladie. Le directeur de l’ASCA, Laurent Monnard, évoque le futur avec prudence. «Beaucoup de femmes thérapeutes travaillent à mi-temps, dans un cabinet qu’elles ont ouvert chez elles. Trop de réglementation pourrait leur nuire.»
En effet, la tendance se dirigerait vers une interdiction de pratiquer pour les thérapeutes non-médecins qui n’accrocheraient pas un diplôme fédéral au mur de leur cabinet. Le seul examen déjà reconnu par l’OFFT, en 2009, pour l’Art-thérapie le confirme. Laure Vétois, qui a obtenu son diplôme d’Art-thérapeute, exprime néanmoins son indignation: «On nous demande de suivre 250 heures de formation médicale. C’est beaucoup trop.»
Pratiques différentes
Pour l’heure, les cantons connaissent des pratiques différentes. Dans le canton de Vaud, les thérapeutes non-médecins, et non listés dans la Loi sur la santé, pratiquent la médecine illégalement. «En réalité, ils sont tolérés s’ils poursuivent un mobile honorable et si leur traitement n’entraîne pas d’acte dommageable», explique Laurent Monnet, responsable des autorisations de pratiquer au Département de la santé vaudois. A Genève, il existe un registre des pratiques complémentaires, mais cela ne vaut pas reconnaissance officielle. Autant dire que le récent article constitutionnel adopté par le peuple en faveur de la médecine complémentaire se concrétise lentement, mais sûrement.
Plus d’infos: www.komplementaer.org
Yannick Barillon

