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Pierre-François Unger voue Berne aux gémonies

Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Vendredi, 30 septembre 2011

SANTÉ • Pour le Conseiller d’Etat, le modèle genevois de limitation des dépenses est menacé.

La maîtrise des coûts de la santé est bonne dans le canton de Genève depuis 2002. Entre cette date et 2010, l’augmentation des coûts par assuré s’est montée à 19,7% contre 33,2% en moyenne suisse. Résultat d’actions du canton, ce bilan positif est menacé par des décisions fédérales qui feront grimper les primes. Deux outils ont contribué à contenir les coûts de la santé à Genève durant ces dix dernières années, a expliqué le conseiller d’Etat Pierre- François Unger hier devant la presse.
D’une part, l’opération Victoria entre 2007 et 2009 a permis 85,5 millions d’économies par des gains d’efficience dans les hôpitaux. D’autre part, le canton a appliqué avec rigueur depuis 2002 la clause du besoin, qui a permis de limiter l’ouverture de nouveaux cabinets. Jusqu’en 2009, le nombre de médecins n’a ainsi augmenté que de 1% par an à Genève contre 1,5% en Suisse, a relevé le magistrat, responsable du Département des affaires régionales, de l’économie et de la santé (DARES). Ces mesures ont eu un impact sur les primes. Elles ont augmenté de 15% à Genève de 2002 à 2009, tandis qu’elles grimpaient de 31% dans le reste de la Suisse, a-t-il constaté. Pourtant, en 2010, les Chambres fédérales ont levé partiellement la clause du besoin pour les médecins de premier recours. Entre 2009 et 2010, le nombre de médecins a ainsi crû de 2,6% à Genève contre 1,1% en Suisse, a noté M. Unger. Et à la fin de 2011, la clause du besoin sera entièrement supprimée. Genève va perdre un outil de contrôle très efficace, a-t-il déploré. Sa levée ne permettra pas de lutter contre la désertification médicale dans certains cantons.
De plus, la fin de la clause du besoin coïncide avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le financement hospitalier en 2012, a poursuivi le chef du DARES. Changement de paradigme majeur, les forfaits par cas (DRG) remplaceront les forfaits quotidiens. Les assurés devront participer aux coûts des investissements, ce qui fera augmenter les primes. En outre, les cantons devront tenir compte de l’offre privée, c’est-à-dire subventionner les hôpitaux privés. Il s’agit d’une manière déguisée de subventionner les assurances complémentaires, a encore déploré M. Unger. «Intellectuellement, je m’en remets assez mal, cela n’a aucun sens. Et que dire des conséquences sur le budget 2012: 24 millions ont dû être prévus à cet effet», a-t-il remarqué. Le magistrat conserve malgré tout quelques espoirs. Il compte notamment sur le conseiller fédéral Didier Burkhalter pour faire voter la redistribution des réserves excédentaires des caisses aux cantons qui ont trop payé, à l’instar de Genève qui a versé quelque 450 millions de trop.
ATS