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Une réponse globale au fléau mondial des maladies chroniques

letemps.ch
Vendredi, 30 septembre 2011

Débats

La réunion de haut niveau sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles (MNT) s’est achevée le 20 septembre, à New York, en marge de la 66e Assemblée générale de l’ONU. Elle s’est soldée par la signature d’une déclaration politique adoptée par les 193 pays membres. Ceux-ci s’engagent à mettre en œuvre des politiques de prévention ciblées sur les principaux facteurs de risques tels que le tabagisme, l’alimentation, le manque d’exercice physique et l’abus d’alcool pour les enrayer.
Mais la prévention seule, bien que primordiale, ne suffit pas. Les soins sont eux aussi nécessaires. Un véritable défi surtout pour les pays en développement, dont les priorités en matière de politiques de santé sont à redéfinir ou à définir, tâche périlleuse avec la crise économique actuelle.

Les Etats signataires doivent respecter leurs engagements dans un contexte économique difficile, et choisir leurs priorités entre les soins et la prévention, dilemme d’autant plus grand pour les pays à faibles revenus, souvent dotés de systèmes de santé fragiles et peu adaptés à la gestion de maladies chroniques.
L’Organisation mondiale de la santé a reçu la responsabilité de formuler des recommandations en vue de définir, avant la fin 2012, des objectifs à l’échelle mondiale, un cadre général et des indicateurs de suivi afin d’évaluer les progrès. Mais en focalisant l’attention des Etats sur les mesures de prévention pour lutter contre les MNT, l’OMS risque de favoriser ces dernières au détriment des soins aux personnes déjà malades. De plus, le rapport coût-efficacité de la prévention s’avérant plus intéressant: des soins adaptés à chaque individu nécessitent un plus grand investissement qu’une campagne de prévention lancée auprès du grand public.

Or, la prévention et les soins vont de pair, c’est la leçon importante du sida. Au lieu de les dissocier, ou de privilégier l’un ou l’autre, il est primordial de les associer. De plus, pour être efficace, la prise en charge de l’individu doit être globale, centrée sur la personne et non sur la maladie tout en étant placée dans un continuum de soins: prévention, information sur les facteurs de risque, détection précoce, prise en charge et réadaptation. Les maladies chroniques sont malheureusement souvent silencieuses et se développent à l’insu du patient pendant de nombreuses années.
Ces dernières années de nombreux efforts ont été faits pour baisser la mortalité due aux MNT, notamment par le biais de la prévention dans les pays développés et dans les pays en développement. Cependant, il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes atteintes de ces maladies rencontrent déjà aujourd’hui des difficultés dans leur activité et/ou ne bénéficient que d’une participation restreinte de la société en raison de l’avancement de leur maladie ou des effets secondaires de leur traitement. Ces malades se trouvent en situation de handicap.

L’incapacité peut se révéler être aussi bien une conséquence qu’une cause des MNT. Le diabète provoque, par exemple, une neuropathie qui engendre des ulcérations chroniques et des amputations auprès de 1% à 17% des malades dans les pays à faibles et moyens revenus, soit une amputation toutes les 30 secondes dans le monde. Les personnes vivant avec un handicap ont également plus de risques de développer une maladie chronique. Le lien entre les MNT et le handicap est donc très clair. Il faudrait améliorer la prise en charge des personnes qui souffrent ou qui sont atteintes d’une suite invalidante de ces maladies. En effet, les maladies chroniques sont aujourd’hui responsables de 66,5% des années vécues avec une incapacité dans les pays à faibles et moyens revenus.
Dans les pays en développement, les défis à relever et l’investissement en matière de santé publique sont donc bien entendu encore plus importants. Dans ceux-ci les patients n’ont pas accès, comme dans de nombreux pays développés, à des services de réadaptation fonctionnelle et aux traitements médicaux appropriés. Il faut donc proposer des soins et des services de réadaptation en parallèle aux actions et campagnes de prévention et reconnaître la vulnérabilité particulière des personnes handicapées.

Faire de la prévention, certes, sans pour autant négliger les soins et les individus, comme le rappelait la directrice de l’OMS, Margaret Chan, lors de son discours de clôture de l’Assemblée mondiale de la Santé: «Contre les MNT, nous devons appliquer, à l’échelle de la population, des mesures préventives mises au point avec d’autres secteurs mais nous devons aussi aider chaque individu. Les maladies doivent être détectées précocement et traitées, les complications doivent être prises en charge et les malades doivent bénéficier de soins au long cours, parfois à vie.»
Petra Schroeter et Slim Slama