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Vers des vaccins taillés sur mesure

letemps.ch
Vendredi, 30 septembre 2011

Claire-Anne Siegrist, des Hôpitaux genevois, fait partie des élus – Santé L’Europe lance un vaste programme de recherche

Dans la grande révolution de la médecine personnalisée, on demande les vaccins. L’appel a été entendu. Dès le 1er octobre, un vaste programme européen baptisé ADITEC, comme Advanced Immunization Technologies, débutera fort d’un soutien public de cinq ans et d’une somme coquette de 41 millions d’euros. Parmi les 42 partenaires de recherche de treize pays différents, on trouve la professeure Claire-Anne Siegrist, directrice du Centre de vaccinologie et d’immunologie néonatale et du Centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaire de Genève (HUG) dont l’équipe va recevoir un crédit d’un million d’euros.
«Les vaccins ont contribué à améliorer notre santé de façon incroyable, explique Claire-Anne Siegrist. Ils sont souvent aussi sûrs qu’efficaces. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place pour de réelles améliorations.»

Le fait que cette chercheuse spécialisée dans le domaine de la néonatologie participe à ce programme européen n’est pas un hasard. Les praticiens savent en effet que les nourrissons répondent aux vaccins de façon différente que la moyenne de la population. Quand un adulte n’a besoin que d’une seule dose pour se protéger contre une maladie, un enfant de quelques semaines peut en avoir, lui, besoin de deux ou trois pour la simple raison que son système immunitaire n’a pas encore les mêmes qualités de réaction et de mémoire. D’autres catégories de personnes sont également susceptibles de s’éloigner de la majorité de la population: les personnes âgées, mais également certains malades. Des groupes suffisamment larges pour que l’on cherche à adapter les solutions vaccinales.
Dans le cas de la grippe, la personnalisation existe déjà. Un produit de Novartis, qui contient l’adjuvant MF59, est destiné aux personnes de 65 ans et plus car il permet de doper la réponse immunitaire chez les seniors. «Mais des collègues finlandais viennent de découvrir que cet adjuvant est aussi très efficace pour les nourrissons, explique la chercheuse des HUG. Novartis a d’ailleurs demandé une nouvelle autorisation suite à cette étude.»

L’âge de l’individu, et son système immunitaire, jouent donc un rôle important dans l’origine de ces réponses différentes. Mais ce n’est pas le seul facteur en jeu. Il faut aussi compter avec la variabilité génétique, laquelle peut s’exprimer de nombreuses façons. «Nous ne naissons pas tous avec le même système immunitaire, ajoute Claire-Anne Siegrist. Nos lymphocytes «naïfs» qui vont permettre de générer les défenses de notre corps contre les maladies ne sont pas identiques au départ. Ce sont ces variations génétiques multiples qui expliquent que deux individus, de santé et d’âge égaux, ne vont pas répondre de la même façon à un vaccin.»
La spécialiste de Genève n’imagine pas qu’il y ait des limites techniques à cette personnalisation des vaccins. Autrement dit, on pourrait, en théorie, grâce à l’observation minutieuse de la réaction immunitaire d’un patient et à son profil génétique, lui dessiner, presque molécule par molécule, un vaccin sur mesure afin qu’il bénéficie de la meilleure protection avec le moins d’effets indésirables possibles.

Mais à la faisabilité technique s’oppose la raison économique rappelle Claire-Anne Siegrist. Un point de vue que partage son collègue du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) Amalio Telenti. «La philosophie de base du vaccin est qu’il doit être le plus universel possible. C’est généralement ce qui lui permet d’être bon marché et distribuable à grande échelle. L’un des débats aujourd’hui consiste à savoir jusqu’où on peut aller dans la personnalisation sans porter préjudice à l’efficacité des campagnes de vaccination.»
Le professeur lausannois sait de quoi il parle. Il étudie aujourd’hui les réactions immunitaires de malades atteints du virus du sida en fonction de leur profil génétique. Des réactions parfois très différentes. «On ne peut exclure aujourd’hui qu’il faille adapter un futur vaccin contre le VIH à différents profils génétiques ethniques. Peut-être aussi trouvera-t-on un vaccin universel qui serait sans doute moins cher. Ou peut-être pas.»

C’est encore la logique économique qui explique sur quels vaccins le programme ADITEC va porter. «Nul besoin d’étudier le tétanos du point de vue de la personnalisation, illustre Claire-Anne Siegrist. Ce vaccin est très efficace et très bien toléré. Nous nous pencherons plus volontiers sur des microbes comme celui de la grippe, de la coqueluche et sur des vaccins à venir, comme celui contre la tuberculose.»
Dans ce dernier cas, la personnalisation est d’autant plus souhaitée que le bacille responsable de la maladie se révèle de plus en plus multirésistant.
Pierre-Yves FREI