«Novartis nous félicitait pour notre travail»
PROTESTATION
Environ 500 personnes ont manifesté hier à Bâle contre les licenciements annoncés mardi par Novartis. Une septantaine d’employés du site de Prangins (VD) ont fait le déplacement.
Les derniers employés sortent des deux cars qui les ont amenés de Prangins (VD) à Bâle ce samedi matin. Une septantaine de personnes ont fait le déplacement. La banderole se déroule. «Préserver les places de travail, pas les profits!» Le petit groupe rejoint ses collègues alémaniques. Au total, un demi-millier de personnes ont répondu à l’appel des syndicats et prennent part au cortège qui serpente dans le centre-ville.
Tous sont là pour protester contre l’annonce choc faite par Novartis mardi: le groupe prévoit de supprimer 2000 postes, dont plus de la moitié en Suisse. Sur le site de Prangins, près de 320 postes de travail sont en jeu. La colère des manifestants est d’autant plus forte que cette mauvaise nouvelle a été communiquée le même jour qu’un bénéfice de 2,2 milliards de francs pour le troisième trimestre.
Le site était rentable
Qui plus est, l’usine de Prangins, spécialisée dans les médicaments sans ordonnance comme le Fenistil, le Voltaren ou les gouttes Otrivin, est tout à fait rentable. Pire: les responsables de Novartis ne tarissaient pas d’éloges à l’égard des équipes vaudoises. «Jusqu’à la semaine dernière, ils nous disaient qu’on était les meilleurs, que Prangins était un site d’excellence, se souvient l’un des employés, Bulent Ozkan. Voyez comme ils nous remercient.» Le savoir-faire de l’usine suisse avait même reçu les louanges d’une responsable au niveau européen, il y a trois semaines seulement. «Elle est venue en personne, suite à un audit, nous dire que nous nous étions encore améliorés.»
Le souvenir de ces congratulations à répétition rend aujourd’hui la pilule d’autant plus dure à avaler. Les dirigeants de l’entreprise ont-ils fait preuve d’un cynisme révoltant en passant la pommade à leurs employés qu’ils savaient condamnés? Ou ignoraient-ils les mesures qui allaient être prises?
«On nous a pressés comme des citrons jusqu’au dernier moment et maintenant on nous jette», réagit un employé qui travaille depuis vingt ans pour Novartis. Un sentiment partagé par ses collègues, qui, ces dernières années, ont vu leurs méthodes de travail complètement revues afin d’augmenter la productivité. Désormais, tout est minuté, racontent les travailleurs. Sur un grand écran, bien visible de tous, les chiffres passent du noir au rouge lorsque la cadence ralentit au-dessous des objectifs. «Nous nous sommes pliés à leurs exigences et nous avons joué le jeu à fond, raconte Jeanine Perler, quinze ans de service. La ligne où je travaille vient même d’obtenir coup sur coup une médaille d’argent et de bronze.» Récompense pour être parvenu à maintenir un certain rendement pendant trois mois d’affilée: un bon d’achat de 100 francs chez Manor.
Stocks antigrève
Et puis les employés ont été invités à venir travailler le samedi, sur base volontaire. «C’est la preuve que le travail ne manque pas, estime un cadre de l’entreprise présent à la manifestation hier. En juillet et en août, nous avons produit 7 millions d’unités, presque un record.» Pour lui qui travaille dans l’entreprise depuis plus de dix ans, il n’est pas impossible que cette forte production durant des mois d’habitude paisibles ait été une manière pour l’entreprise de s’assurer de disposer d’un stock suffisant au cas où l’annonce de la fermeture du site de Prangins entraînerait une période de grève.
Les employés de Prangins ont choisi de ne pas débrayer. Pour sauver leur place, ils misent sur le dialogue. Le syndicat Unia a obtenu de pouvoir réunir demain l’ensemble du personnel dans l’enceinte de l’usine et rencontrera cette semaine le Conseil d’Etat.
Alexandre Haederli Bâle alexandre.haederli@edipresse.ch

