Deux pistes prometteuses pour soigner l’alzheimer
VACCIN La recherche avance pour mettre au point un traitement contre cette maladie dégénérative. Eclairage sur les derniers travaux.
Elle a vécu jusqu’à 115 ans sans le moindre signe de démence sénile. Le génome d’une femme qui avait offert son corps à la science vient d’être séquencé. Les résultats, présentés récemment lors de la conférence annuelle de la Société américaine de génétique humaine à Montréal, montrent une variation génétique rare qui pourrait l’avoir protégée contre les affres du temps et notamment contre la maladie d’Alzheimer.
Si cette nouvelle découverte ouvre peut-être de nouveaux horizons dans la recherche, elle est loin d’offrir sur un plateau le remède miracle qui doit permettre de lutter contre cette forme de démence sénile. La maladie d’Alzheimer détruit en effet progressivement certaines cellules du cerveau, entraînant un lent déclin de facultés mentales aussi importantes que la mémoire, le langage ou la mobilité. Actuellement, plusieurs médicaments existent, mais ils ne servent qu’à freiner l’apparition des symptômes sans jamais bloquer l’évolution de la maladie.
Pour autant, les scientifiques n’ont pas dit leur dernier mot. Aujourd’hui, les recherches les plus prometteuses en matière de traitements se concentrent sur deux axes: les plaques amyloïdes qui s’accumulent dans le cerveau et les lésions neuronales.
Les dépôts d’amyloïde résultent de l’accumulation d’une protéine. Pour faire simple, certains enzymes, chargés de couper cette protéine, le font mal et laissent des morceaux qui finissent par s’agréger. L’une des pistes explorées vise à inhiber ces enzymes. Mais il existe une autre façon de lutter: s’immuniser! «La personne produit alors elle-même des anticorps contre l’amyloïde, ou on lui en administre», explique le professeur Gabriel Gold, médecin-chef au département de médecine interne, de réhabilitation et de gériatrie des Hôpitaux universitaires de Genève. C’est l’idée d’un vaccin.
Les produits testés jusqu’ici ont effectivement permis de diminuer les quantités d’amyloïde dans le cerveau, mais avec de gros bémols: «Des effets secondaires importants dans certains cas et une efficacité au mieux très modeste», précise le spécialiste. «Néanmoins, insiste-t-il, la piste du vaccin anti-Alzheimer reste très active. Il y a encore des études en cours. La question est de savoir dans quelles proportions il sera possible de diminuer l’amyloïde.»
Diagnostic précoce
La réalité, c’est qu’il est peu probable qu’un vaccin seul suffise à traiter une maladie aussi complexe. «Elle se caractérise par plusieurs anomalies au niveau du cerveau: des dépôts d’amyloïde, mais aussi des neurones détruits», résume Gabriel Gold. Des recherches sont également en cours pour développer un vaccin contre ces lésions dites neurofibrillaires et contre une protéine (tau) associée à la formation de ces lésions. «Il s’agit d’une voie intéressante, reconnaît le médecin. Des modèles animaux ont déjà été développés, il reste maintenant à les transposer chez l’homme.»
La mise au point d’un traitement contre l’alzheimer prendra certainement encore du temps. La recherche progresse, par contre, plus vite du côté du diagnostic précoce. «Repérer, voire anticiper les premiers signes de la maladie est essentiel, car au moment où ceux-ci apparaissent, la perte neuronale est déjà importante, met en garde le médecin. D’où la nécessité de ne pas attendre pour démarrer un traitement.»
Les travaux scientifiques portent sur la recherche de «marqueurs» qui indiquent la présence de la maladie, notamment des biomarqueurs présents dans le liquide céphalorachidien. «Il est désormais aussi possible de réaliser des images cérébrales pour déceler la présence d’amyloïde, par exemple, ajoute le professeur Gold. On cherche à faire la même chose pour les lésions neurofibrillaires, mais on n’y est pas encore tout à fait arrivés.»
En combinant les différents marqueurs identifiés, il est aujourd’hui possible de prédire l’apparition de la maladie dans 85 à 90% des cas. «C’est beaucoup, même si ça n’est pas encore suffisant, relève Gabriel Gold. On ne peut pas annoncer à quelqu’un qu’il a la maladie d’Alzheimer si on se trompe une fois sur dix. Il est nécessaire d’avoir des marqueurs encore plus performants.»
Anxiolytiques pointés du doigt
En attendant, chacun peut mettre un maximum de chances de son côté en limitant les risques de maladies vasculaires par une bonne hygiène de vie. Traiter l’hypertension diminue par deux le risque d’avoir la maladie d’Alzheimer. «Le fait d’être bilingue constitue aussi un élément protecteur, intéressant pour les Suisses», sourit Gabriel Gold. Selon une étude canadienne, ceux qui maîtrisent deux langues sont rattrapés par la démence plus tard que les autres. A l’inverse, mieux vaut éviter les anxiolytiques et les somnifères. Ingérés de façon chronique, les benzodiazépines augmenteraient le risque de démence sénile de manière inquiétante (+50%), selon l’étude française à paraître qui fait déjà grand bruit.
Geneviève Comby genevieve.comby@edipresse.ch

