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Ne pas traiter le cholestérol?

letemps.ch
Samedi, 24 décembre 2011

Check-up    

«Ce livre peut vous sauver la vie et vous épargner de lourds handicaps». La promotion du dernier livre de Michel de Lorgeril* ne fait pas dans la dentelle. La thématique est toujours la même: il ne faut pas traiter un cholestérol élevé par des médicaments, notamment en recourant aux fameuses statines, car cela a un effet toxique sur l’organisme. Il n’y a pas de bon ou de mauvais cholestérol, pas plus que de risque génétique. Et d’ailleurs un cholestérol élevé n’est pas un problème. Bonne nouvelle au moment des Fêtes? Pas forcément car le cardiologue rebelle mise sur l’hygiène de vie. En fait, il parle surtout de prévention primaire, visant à empêcher la survenue de la maladie chez les personnes saines. Or le traitement médicamenteux devrait concerner principalement la prévention secondaire, soit les personnes qui ont déjà eu un accident cardio-vasculaire. Comment s’y retrouver?

Explications de François Mach**, responsable du Service de cardiologie des HUG.

 Le Temps: Faut-il toujours traiter un cholestérol élevé par des médicaments?

François Mach: Il ne faudrait pas mettre des statines dans l’eau du robinet! Bref, il y a certainement eu quelques abus de prescription. Chez les personnes qui ont un cholestérol élevé, sans autres facteurs de risque, il faut commencer par des mesures d’hygiène de vie: alimentation méditerranéenne, activité physique, perte de poids. Par contre, ce médicament est efficace chez les personnes qui ont une maladie cardiovasculaire. Il permet aussi de prévenir un accident chez les gens qui ont des plaques d’athérosclérose. C’est une erreur d’opposer l’hygiène de vie, qui améliore indubitablement les facteurs de risque, et les médicaments, qui traitent une pathologie.

 – Les médicaments sont-ils véritablement efficaces?

– Les statines sont arrivées sur le marché au milieu des années 1980. Depuis cette période, les décès dus aux maladies cardio-vasculaires ont diminué de façon significative selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Ce, malgré l’augmentation des facteurs de risque comme l’obésité, le diabète, le tabac, la sédentarité et les polluants. Cela ne peut être dû qu’à l’utilisation de l’aspirine et des statines, les études le montrent clairement.

 – Justement, on a appris à se méfier des études. Le professeur Dan Poldermans, du centre universitaire Erasmus de Rotterdam, a été licencié récemment. Il aurait falsifié une étude sur les statines, selon Michel de Lorgeril. Qu’en pensez-vous?

– Je ne connais pas ce professeur. Pour l’instant, ce ne sont que des suppositions, mais il est sûr que les scandales de ce type sont dramatiques. On l’a vu avec le Vioxx ou le Mediator. Il faut les dénoncer, sans pour autant tout mélanger. Il y a des études très solides sur l’efficacité des ­statines.

 – Peut-on toujours parler de bon et de mauvais cholestérol?

– Nous avons besoin du cholestérol. Il est partout, dans la paroi des cellules, les hormones, les vitamines. Cela dit, des taux élevés de LDL-cholestérol («mauvais» cholestérol) sont corrélés à une augmentation des maladies cardio-vasculaires. Par contre, lorsque cette élévation concerne le HDL-cholestérol («bon» cholestérol), il y a une diminution du risque. On observe cela chez la femme qui est protégée du risque cardio-vasculaire grâce à un HDL-cholestérol élevé. Avantage qu’elle perd après la ménopause. 

– Le risque génétique, une fable?

– Ça, c’est vraiment stupide! Certaines personnes ont une mutation génétique pour un récepteur du cholestérol qui empêche certaines cellules d’absorber le LDL-cholestérol. Celui-ci reste en circulation dans le sang et provoque des dégâts artériels. Des enfants de 10-15 ans peuvent ainsi avoir de l’athérosclérose. On les soigne, en filtrant leur sang pour diminuer le cholestérol, et en leur donnant des doses importantes de statines. Ce qui démontre bien qu’un niveau élevé de cholestérol est un facteur de risque et que les statines sont efficaces.
* «Prévenir l’infarctus et l’accident vasculaire cérébral», Ed. Thierry Souccar, décembre 2011.
** «Prévention cardiovasculaire à l’usage des praticiens», de Cédric Vuillé et François Mach, Ed. Médecine & Hygiène, 2009.
Marie-Christine Petit-Pierre