< | >

Si un chirurgien veut partir qu’il parte


Jeudi, 29 décembre 2011

Hôpitaux Neuchâtelois La conseillère d’Etat Gisèle Ory, en charge de la Santé, se met des médecins à dos avec sa réforme hospitalière. Elle s’explique enfin.

L’avenir des hôpitaux neuchâtelois est entre ses mains. La conseillère d’Etat Gisèle Ory (PS) propose aux députés de répartir les tâches entre le Haut et le Bas du canton, un projet jugé aberrant par le chef de la chirurgie, Rémy Schneider, interrogé sur RSR1. En regroupant la chirurgie stationnaire à La Chaux-de-Fonds, la directrice de la Santé essaie-t-elle de ne fâcher personne dans un but électoral, comme on le lui reproche? Entretien.

Quel est votre but: assurer votre réélection ou réformer les hôpitaux?

L’objectif fixé, c’est de poursuivre la réforme en améliorant l’organisation de l’hôpital multisite. Eviter les doublons en regroupant la chirurgie stationnaire à La Chaux-de-Fonds, c’est un pas de plus vers la cohérence.

La question évoquait  votre réélection…

Je n’y pense pas encore. Ma priorité, c’est de convaincre les députés et d’obtenir le retrait de trois initiatives portant sur la répartition des missions.

Regrouper la chirurgie contre l’avis des médecins, n’est-ce pas une décision politique?

Pas contre l’avis des médecins, mais de certains médecins! Le regroupement à La Chaux-de-Fonds a ses adeptes.

Le chef du département  de chirurgie vous reproche  de vouloir ménager le Haut  et le Bas. Vrai ou faux?

On est obligé de présenter une solution susceptible d’être approuvée par le Grand Conseil: rien ne sert de présenter un projet impopulaire.

Que répondez-vous à ce médecin pour qui votre choix n’a «aucun sens médical»?

Les critères sont médicaux et économiques avant d’être politiques. En mettant toutes les prestations de même nature dans un même site, nous sommes plus cohérents médicalement que ce médecin qui veut des doublons.

Pour intervenir en chirurgie, un pneumatologue devra-t-il prendre un taxi?

Les médecins doivent déjà monter ou descendre pour compléter les équipes. La petite difficulté d’un hôpital multisite réside dans la mobilité.

Trouvez-vous normal  qu’un médecin de l’hôpital donne son avis en public?

S’opposer à un plan stratégique du Conseil d’Etat au moment de son application, ce n’est pas seulement un manque de loyauté, c’est une faute. Je suppose que la direction de l’hôpital va se préoccuper de cette intervention, à moins de l’avoir autorisée. Les médecins ont un devoir de réserve.

Les pédiatres avaient fait capoter le regroupement  de la maternité à La Chaux-de-Fonds en démissionnant. Les chirurgiens feront-ils pareil?

Céder à la pression de quelques pédiatres, c’était une décision étrange. Si un chirurgien veut partir, qu’il parte. Ils ont la liberté de s’engager ailleurs et nous disposons des ressources nécessaires.

Revenons  à votre projet:  l’avez-vous chiffré?

Bien sûr! Ce n’est pas le multisite qui coûte le plus cher, à condition d’organiser les forces de travail, mais le personnel, qui représente 80% des coûts. Une ligne de garde en moins derrière un chirurgien, ce sont 2,5 millions d’économisés.

Le courage politique n’implique-t-il pas de trancher pour un seul site?

Avec 200 lits d’un côté et 120 de l’autre, une réunion sur un seul site est impossible aujourd’hui! Aucun hôpital n’a une capacité de 320 lits, sans compter les 130 lits des quatre sites périphériques.

Sauf si on agrandit celui  de Neuchâtel…

Construire un bâtiment en pleine ville prend un temps énorme. Mais une étude sera lancée en avril 2012 pour définir le meilleur modèle. L’hôpital du XXIe siècle sera-t-il sur deux sites ou sur un seul, soit avec un agrandissement, soit avec un bâtiment modulaire qui permet de réorganiser les surfaces selon les besoins?

Pardon? Vous remettez déjà votre planification en question?

La restructuration est permanente et nous avons besoin de temps pour étudier le modèle idéal.

Avez-vous le sentiment de jouer votre avenir politique?

Si ce dossier n’était pas accepté, ce serait un revers important. Mais je ne changerai pas d’opinion: je ne suis pas attachée au pouvoir à ce point-là…
PROPOS RECUEILLIS PAR VINCENT DONZÉ