A Londres, des experts disent oui à l’euthanasie
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Vendredi, 6 janvier 2011
Royaume-Uni La pratique est déjà décriminalisée, mais les autorités refusent de la légaliser
La légalisation de l’euthanasie a fait un petit pas en avant supplémentaire au Royaume-Uni. Un rapport indépendant, rédigé par un collège de onze experts après plus d’un an de travail, a appelé ce jeudi à la fin de l’interdiction du suicide assisté, estimant qu’il y avait «de bonnes raisons» de changer la loi.
Le rapport de la Commission indépendante sur l’aide au suicide recommande que l’euthanasie soit légalisée au Royaume-Uni pour les personnes qui ont moins d’un an à vivre, avec une série de garde-fous. En particulier, la personne doit prendre la décision d’elle-même, et cela exclut donc celles qui sont atteintes de maladies qui leur ont fait perdre leurs facultés mentales (Alzheimer, Parkinson…). L’opinion de deux médecins indépendants ainsi que toutes les informations sur les alternatives possibles doivent avoir été fournies, et aucune pression, que ce soit des membres de la famille ou du corps médical, ne doit avoir eu lieu.
Le gouvernement britannique a immédiatement douché les espoirs de ceux qui souhaitent une légalisation rapide: il n’a pas l’intention de changer la loi. David Cameron, le premier ministre, y est personnellement opposé. De plus, les détracteurs de la commission estiment que son travail est biaisé depuis le départ, son financement venant de plusieurs défenseurs de l’euthanasie.
L’opinion publique favorable
Néanmoins, ce rapport s’inscrit dans un contexte de soutien croissant au suicide aidé au Royaume-Uni, avec désormais trois quarts des Britanniques en sa faveur. Le cas de Diane Pretty a ému le pays en 2002. Atteinte d’une maladie dégénérescente, celle-ci avait demandé à la justice de ne pas poursuivre son mari s’il l’aidait à mourir. Les tribunaux avaient rejeté sa demande.
La victoire judiciaire en août 2009 de Debbie Purdy a marqué un tournant. Souffrant de sclérose en plaques, cette femme – encore en vie aujourd’hui – a mené une campagne pour clarifier la loi sur l’aide au suicide. Elle voulait s’assurer que son mari ne serait pas poursuivi en justice s’il l’aidait à effectuer le voyage en Suisse pour recourir aux services de l’association d’aide au suicide Dignitas. La Cour suprême britannique a finalement répondu par la négative.
Cela a poussé le directeur du bureau des procureurs (Crown Prosecution Service) à préciser la loi en publiant en février 2010 une nouvelle directive. Il y dépénalise de facto l’aide au suicide, à condition que la décision ait été prise indépendamment, que la personne qui a aidé n’ait rien à y gagner, et qu’elle ait clairement agi par compassion.
Depuis, environ 40 cas sont passés sur le bureau du procureur et n’ont pas été poursuivis en justice. Mais cette dépénalisation de l’aide au suicide dans une clinique étrangère est loin d’être la même chose qu’une légalisation complète à l’intérieur du Royaume-Uni. D’autant que, si le cas des proches du défunt est éclairci, celui du personnel médical qui apporte son aide demeure très flou. Le mois dernier, Geraldine McClelland, atteinte d’un cancer des poumons avancé, a mis fin à sa vie en recourant à Dignitas et a fait publier après sa mort une lettre exprimant sa colère sur la loi actuelle: «A cause de la lâcheté de nos politiciens, je ne peux pas mourir chez mo.i» Le débat est loin d’être clos.
Eric Albert Londres

