Un assistant médical dans mon téléphone
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Vendredi, 6 janvier 2012
Santé Des logiciels permettent d’analyser son rythme cardiaque et son diabète - Les modules externes d’analyse se multiplient
Cracher sur l’écran de son iPhone pour savoir de quelle maladie l’on souffre? L’idée semble totalement farfelue. Et pourtant. Deux chercheurs de l’Institut pour la science et la technologie de Daejeon (Corée du Sud) veulent utiliser les écrans tactiles, plus précisément capacitifs, comme plateformes de détection pour les biomarqueurs de maladies. Avec des premiers résultats concluants, rapportait récemment le New Scientist: les mini-électrodes présentes sur l’écran d’un téléphone ont réagi différemment selon plusieurs concentrations d’ADN d’une bactérie.
Aujourd’hui déjà, des logiciels pour téléphones existent, utilisant ou non des modules externes. Ainsi, l’application Scan Skin (iPhone, 5 francs), développée par une société basée à Bucarest, permet de prendre en photo ses grains de beauté pour en déterminer la dangerosité. La firme Cronian Labs conseille de tenir l’objectif à 10-15 cm de sa peau – et en cas de doute de consulter un spécialiste. Il est possible de partager ses résultats, des statistiques mondiales étant ensuite publiées sur skinscanapp.com.
Autre exemple, sur iPad cette fois. Philips a créé une application (Vital Signs Camera, 1 franc) permettant de mesurer son rythme cardiaque et sa respiration en utilisant la caméra de la tablette. Il suffit, assure Philips, de se placer devant l’objectif de l’iPad 2 pour que les données soient mesurées. Est-ce sérieux? «D’après ce que j’ai pu lire et selon des discussions avec mes collègues, l’application est efficace et mesure ces données en calculant les mouvements des épaules et le changement de couleur du visage», explique Jocelyn Corniche. Ce chef de clinique en anesthésie au CHUV en connaît un rayon. Avec des collègues, il a déjà développé plusieurs applications pour iPhone, dont une (fastECG, actuellement gratuite, 5 francs en temps normal) qui facilite l’envoi d’une image d’un électrocardiogramme (ECG) à un hôpital. «Des urgentistes et des ambulanciers utilisent déjà ce programme dans la région d’Yverdon pour envoyer des images d’ECG aux hôpitaux alentour», explique Jocelyn Corniche.
Le médecin a déjà une idée pour son application suivante: «Si une personne a un malaise cardiaque dans un centre commercial et que le 144 est appelé, des médecins ou des infirmières se trouvant à proximité et faisant leurs courses pourraient être immédiatement alertés.»
Il existe déjà des capteurs à connecter à son téléphone – là encore, l’iPhone est le premier visé. Ainsi, Sanofi-Aventis commercialise depuis le 10 octobre 2011 un kit, baptisé iBGStar (environ 80 francs, application gratuite), permettant aux diabétiques de mesurer leur glycémie. Le module externe analyse le sang prélevé et le résultat s’affiche tant sur l’écran de l’iPhone que sur celui du module. «De nombreuses personnes achètent le kit directement et l’utilisent de façon intuitive. Ces patients ont la possibilité de partager grâce à l’iBGStar couplé à l’iPhone leurs résultats (glycémies, hydrates de carbone, traitement) avec leur diabétologue, afin d’affiner la prise en charge thérapeutique», explique Dominique Durgnat, chef de produits liés au diabète chez Sanofi-Aventis.
Mais le patient ne risque-t-il pas, via toutes ces applications, de se voir submergé de données qu’il ne saura pas interpréter? «Il y a des avantages et des risques liés à ces technologies. On peut assimiler cela aux patients qui se documentent beaucoup sur Internet pour leur maladie: la plupart s’intéressent de façon critique au traitement et nous apprennent même des choses, mais une minorité est psychorigide, se focalisant sans raison sur certains points», analyse Lilli Herzig, médecin de famille et responsable de recherche à l’Institut universitaire de médecine générale de Lausanne.
Et la spécialiste de poursuivre: «J’ai par exemple un patient qui mesure une vingtaine de fois par jour sa tension artérielle, ce qui est bien sûr inutile. Avec ces nouvelles applications, ce genre de dérives pourrait augmenter. Mais, du côté positif, il pourrait être très intéressant de donner plus d’informations à des patients qui pourraient mieux prendre en main leur maladie.» Lilli Herzig conclut avec un bémol: «Il serait bien que ce ne soit pas uniquement l’industrie de la pharma qui développe ces programmes, car des risques de dérive commerciale existent: scientifiques et médecins doivent être au cœur de ces développements.»
Anouch Seydtaghia

