L’Association des médecins genevois craint un afflux de praticiens étrangers sous-qualifiés
Mise en garde suite à la suppression de la clause du besoin, le 1er janvier
Imposé en 2002 pour limiter les coûts de la santé, le numerus clausus sur l’ouverture de cabinets médicaux indépendants a été levé le 1er janvier dernier. L’Association des médecins genevois (AMG) craint dès lors l’afflux de praticiens européens sous-qualifiés. Le médecin cantonal réfute cette accusation. Il craint plutôt une hémorragie de professionnels de la santé dans les hôpitaux.
«La clause du besoin était une mauvaise mesure car elle pénalisait aussi les Suisses. Mais sa levée totale est aussi mauvaise», critique Pierre-Alain Schneider, le président de l’AMG. Mise en cause, la reconnaissance automatique des diplômes européens prévue par les accords bilatéraux. «Il n’y a pas de problème avec la France ou l’Allemagne, mais davantage avec des pays plus exotiques, moins regardants avec la validation des études. Nous avons plusieurs cas de médecins formés en Amérique du Sud ou au Maghreb qui ont obtenu un diplôme européen.» Ils vont donc pouvoir s’installer librement en Suisse, ce que redoute le Dr Schneider.
D’après le radiologue, des problèmes vont se poser au niveau de la qualité des soins puisque «des professionnels peuvent exercer en Suisse sans en avoir le niveau». Le président de l’AMG regrette ainsi que la levée de la clause du besoin ne se soit pas accompagnée de l’introduction de mesures comme «des contrôles approfondis des diplômes ou la création d’une sorte de label de qualité». Des solutions difficiles à mettre en place, du fait des accords passés avec l’Union européenne.
Pour le médecin cantonal Jacques-André Romand, il n’y a pas d’inquiétude particulière à avoir pour l’instant. Les médecins «exotiques» qui veulent ouvrir un cabinet indépendant en Suisse ne sont pas si nombreux. Il y a actuellement 1600 cabinets médicaux à Genève et sur les 350 demandes d’ouverture faites avant la fin de l’année 2011, seules 50 étaient concrètes. «Sur nos listes d’attente, les médecins formés à l’étranger étaient minoritaires et venaient pour la plupart de France voisine.»
Le médecin cantonal se veut rassurant sur la qualité des formations européennes. «Il est évident qu’elles peuvent varier en fonction des pays, mais on est très bien soigné dans d’autres pays aussi. Il ne faut pas croire qu’on est en danger si on est malade en dehors de la Suisse.»
Pour Jacques-André Romand, lui aussi opposé à la levée de la clause du besoin, le problème est ailleurs. «Nous craignons davantage une hémorragie de médecins quittant les hôpitaux, puisqu’ils y étaient bloqués auparavant. Nous allons aussi nous pencher sur une éventuelle hausse des frais médicaux.» Il critique aussi une libéralisation «qui ne permet plus de planifier les installations en fonction des besoins en spécialistes». Tous les effets vont être scrupuleusement observés dans les prochains mois. «Les directeurs sanitaires ont obtenu la mise en place d’un observatoire pour pouvoir prendre des mesures au niveau fédéral si besoin est.»
Julie Culet

