Les enfants aussi ont trop de cholestérol
LIPIDES Les dépôts graisseux peuvent très tôt abîmer les vaisseaux sanguins et faire grimper le risque de problèmes cardiovasculaires. Aux Etats-Unis, les pédiatres incitent d’ailleurs depuis peu à tester le niveau de cholestérol de tous les enfants entre 9 et 11 ans!
Faut-il soumettre les enfants à un test de cholestérol? Aux Etats-Unis, l’association américaine des pédiatres recommande depuis peu que l’on évalue le taux de lipides dans le sang de tous les garçons et les filles entre 9 et 11 ans. Cette nouvelle prise de position fait suite à la publication d’un rapport d’experts démontrant que le dépistage – jusque-là réalisé sur les enfants qui présentent un risque héréditaire – passait à côté de 30 à 60% des cas problématiques…
Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, la décision américaine met en lumière une réalité méconnue: l’excès de cholestérol n’est pas un fléau réservé aux adultes dans la force de l’âge. Loin de là. Il arrive en effet que les dépôts graisseux s’installent très tôt dans les artères, faisant grimper en flèche le risque de problèmes cardio-vasculaires précoces. En Suisse, d’ailleurs, des enfants se font tester régulièrement via une prise de sang. «A l’heure actuelle, on estime que de 10 à 13% des enfants ont trop de cholestérol», confirme la pédiatre Nathalie Brun, responsable d’une consultation spécialisée dans ce domaine à l’Hôpital des enfants à Genève.
Obésité et hérédité
Deux facteurs principaux sont à l’origine de taux de cholestérol anormalement élevés dans l’enfance: l’hérédité et, la plupart du temps, un excès de poids. De ce côté-là, les Etats-Unis ont certes une longueur d’avance, mais l’obésité juvénile augmente ici également. D’où une surveillance accrue du cholestérol chez les plus jeunes. «En Suisse, nous ne pratiquons pas un dépistage universel, mais ciblé, explique Andreas Nydegger, pédiatre en gastro-entérologie au CHUV. Tous les enfants qui sont suivis par un médecin pour un problème de poids ou qui intègrent un programme de lutte contre l’obésité sont en principe testés.» De même que les enfants dont l’entourage familial est à haut risque.
«Les cas d’hypercholestérolémie héréditaire sont plus rares, ils touchent une personne sur 500», précise Nathalie Brun. Ces gens-là font les frais d’une déficience génétique qui favorise l’accumulation des mauvaises graisses dans le sang et présentent un risque élevé de faire un infarctus jeune, dès la trentaine. Leurs enfants sont généralement suivis de près et leur niveau de cholestérol évalué dès l’âge de 2 ans.
Sans être forcément déterminée par l’hérédité, notre façon de gérer le cholestérol est programmée très tôt dans l’enfance, ajoute pour sa part le Dr Nydegger: «Plus le corps s’habitue tôt à métaboliser le cholestérol, meilleur sera sa gestion. Ainsi il semble que grâce au lait maternel, qui est plus riche en cholestérol que le lait industriel, les enfants allaités soient mieux armés.»
La menace que fait peser le cholestérol n’est certes pas le même à 10 ans qu’à 60. Des analyses ont néanmoins montré que les adolescents et les jeunes adultes peuvent déjà présenter certaines lésions sur des vaisseaux. Pour éloigner cette épée de Damoclès tant qu’il est encore temps, les médecins misent avant tout sur une modification de l’hygiène de vie, soit une alimentation pauvre en graisse, mais aussi une activité physique régulière. «Il faut rappeler qu’il existe un bon et un mauvais cholestérol, souligne Andreas Nydegger. Pour réduire les risques, il est important de contribuer à rétablir la balance entre les deux en pensant aussi à augmenter le bon cholestérol. Et il n’y a qu’une façon d’y arriver: faire de l’exercice.» Heureusement, comme le rappelle le pédiatre, il est plus facile d’initier des changements de comportements chez un enfant que chez un adulte qui s’est laissé aller durant toute sa vie…
Par ailleurs, les dégâts sur les vaisseaux sont dans la plupart des cas encore réversibles, comme le note Nathalie Brun: «Contrairement aux adultes, chez qui l’athérosclérose se caractérise par une plaque rigide, chez les enfants on observe une perte d’élasticité des vaisseaux et une augmentation de l’épaisseur de leur paroi, sans toutefois qu’ils se soient encore solidifiés.»
Le problème du cholestérol chez les enfants est pris très au sérieux. Pour autant, un dépistage généralisé à l’américaine est loin de susciter l’enthousiasme des spécialistes. Notamment parce qu’en Suisse les enfants bénéficient d’un très bon suivi médical. «Les pédiatres connaissent leur histoire familiale et leur hygiène de vie, ce qui rend un dépistage ciblé efficace», se félicite la spécialiste.
L’annonce faite outre-Atlantique a d’ailleurs fait grincer quelques dents. Plusieurs médecins se sont par exemple fendu d’un éditorial critique dans le prestigieux Journal of the American Medical Association en décembre dernier, fustigeant une incitation à généraliser le recours aux statines, les médicaments anticholestérol, alors que les risques d’un tel traitement administré dès l’enfance et suivi sur le long terme restent incertains. Un flou d’autant plus gênant que parmi les effets secondaires potentiels des statines figurent des dégâts aux cellules du foie et des muscles.
«On ne donne jamais d’emblée un tel traitement à un enfant, relativise Nathalie Brun à qui il arrive d’en prescrire. On ne le fait pas avant l’âge de 10 ans et seulement lorsque la valeur du mauvais cholestérol reste très élevée après six mois d’amélioration de l’hygiène de vie. Ça concerne moins de 1% des enfants qui ont trop de cholestérol. Il s’agit essentiellement de cas d’hypercholestérolémie héréditaire et, à chaque fois, nous pesons minutieusement le pour et le contre avec les parents.» Car il s’agit alors d’un traitement à vie. En attendant une thérapie génique efficace.
Geneviève Comby genevieve.comby@edipresse.ch

