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«Je refuse de couper des têtes»

letemps.ch
Mardi, 24 janvier 2012

Santé Charles Kleiber est le nouveau président du conseil d’administration’ de l’Hôpital du Valais -  Il souhaite le retour au calme et à la transparence

Charles Kleiber est le sauveur de l’Hôpital du Valais. Le nouveau président du conseil d’administration s’est présenté pour la première fois à la presse lundi en se décrivant comme le pompier appelé à éteindre l’incendie qui enflamme le canton depuis plusieurs années. L’ancien secrétaire d’Etat à l’Education et ancien directeur du CHUV présentera un nouveau concept de direction administrative et médicale de l’hôpital en mars. L’ensemble des cadres concernés seront appelés à démissionner et à postuler si les nouveaux cahiers des charges de­vaient les intéresser. Charles Kleiber a aussi annoncé qu’il a mis fin à la procédure civile à l’encontre de Serge Sierro et Jean-Claude Pont, laquelle faisait suite à leurs critiques à l’égard de l’institution et de ses organes dirigeants.

Le Temps: L’hôpital est en crise dans plusieurs cantons romands. Quel est votre diagnostic?
Charles Kleiber: Tous les systèmes de santé sont confrontés à un effet de la mondialisation. Les hôpitaux et les services de soin étaient enracinés dans des communes ou des districts et sont aujourd’hui ex-racinés pour devenir des hôpitaux de région. Cette évolution provoque une instabilité majeure de ces institutions. On arrache des habitudes liées à la vie sociale, à l’hôpital compris comme un lieu magique où se côtoient la vie, la mort, la souffrance. En Valais, la solution trouvée est exceptionnelle par comparaison avec les autres cantons suisses. La structure en place est saine et elle n’est pas contestée dans ses fondements. Tout le monde reconnaît que nous sommes au milieu du gué et que nous devons aller plus loin.

– Au cours de votre carrière, vous vous êtes souvent confronté à des situations conflictuelles. Par exemple, vous avez mené la réforme de Bologne dans les universités. Avez-vous un goût particulier pour les paniers de crabes?
– J’ai envie de rétablir la transparence afin de permettre un débat juste, ce qui n’a pas toujours été le cas ces dernières années. Et puis j’aime les hôpitaux. C’est un monde très particulier, un lieu magique comme je disais il y a un instant.

– Quel est le problème fondamental de l’Hôpital du Valais?
– Il traverse une crise de croissance qu’il doit dépasser en s’ouvrant davantage à des collaborations avec les médecins installés et avec les hôpitaux universitaires. Il doit aussi simplifier son organisation pour la rendre plus transparente et plus lisible.

– L’un des sujets de tension depuis sa création il y a dix ans, c’est l’égalité de traitement entre les régions. Quelle est votre stratégie pour venir à bout de ces difficultés récurrentes?
– Pour moi, c’est un non-problème. Il y a des identités régionales et elles sont importantes. La langue est notre ultime patrie et elle ne peut qu’être respectée dans un canton bilingue comme le Valais. Ma tâche est d’assurer l’unité du réseau tout en respectant la singularité des deux régions. Il y a un hôpital cantonal qui compte trois centres: à Brigue, à Sion et à Rennaz. Ces trois centres doivent être complémentaires. Chacun conservera une autonomie pour les prestations de base et nous répartirons les prestations spécialisées entre les trois pôles.

– Vous avez rencontré Jean-Claude Pont et Serge Sierro, les personnalités les plus critiques à l’égard de l’institution. Que pensez-vous de leur point de vue?
– Je crois à la sincérité de leur combat. Je suis convaincu qu’ils n’ont pas d’intérêt personnel dans cette histoire et qu’ils sont devenus les relais de plaintes et d’insatisfactions qui constituent une partie du tableau sur lequel nous devons travailler maintenant.

– Quelle est leur critique la plus pertinente à votre avis?
– Suite au déracinement des hôpitaux de district, certains se sont retrouvés à devoir faire vivre ce qu’ils considéraient comme un «monstre». Ils se sont fermés et ont peut-être péché par orgueil. Face à cela, il a fallu manifester beaucoup d’autorité et certains problèmes n’ont pas été entendus. On ne peut qu’être reconnaissants à Serge Sierro et à Jean-Claude Pont d’avoir tiré la sonnette d’alarme.

– L’UDC et les voix critiques vous réclament les têtes de Dietmar Michlig, directeur général, et de Philippe Eckert, directeur médical du Centre hospitalier du centre du Valais. Les appeler à démissionner puis à postuler à nouveau, c’est une stratégie pour ne pas donner l’impression de vous soumettre aux critiques?
– Non, pas du tout. C’est dire: il ne faut pas couper des têtes si nous n’avons pas de roue de secours, parce que l’hôpital doit continuer de fonctionner dans un environnement toujours plus concurrentiel. Mais nous devons nous interroger sur la gouvernance de l’institution. Tous les signes montrent qu’elle devra être allégée, efficace et représentative de ses employés.

– Allez-vous éviter d’engager à nouveau les personnes qui sont sous le feu des critiques?
– Nous choisirons les profils les mieux adaptés aux nouveaux cahiers des charges. Je refuse de couper des têtes au nom d’une chasse aux sorcières.

– Le Valais développe des filières universitaires, notamment avec l’EPFL qui viendra bientôt y installer une dizaine de chaires. Envisagez-vous un développement de ce type en médecine?
– Si l’Hôpital du Valais veut conserver son excellent niveau, il doit s’assurer des compétences médicales universitaires et se profiler dans la recherche. Nous devons explorer les possibilités de nous positionner dans le domaine de la nutrition. Nous pouvons aussi innover dans l’organisation des itinéraires des patients. Il faut définir des procédures claires entre les différents soignants et les différentes étapes d’un patient au sein du réseau de santé, en collaboration avec les médecins libres praticiens. Le Valais pourrait aussi se positionner dans des réflexions économico-éthiques. Par exemple, la recherche d’un nouveau paradigme de prise en charge, plus solidaire. Aujourd’hui, les coûts de la santé ne cessent d’augmenter. Dans le même temps, les gens sont toujours plus seuls. Il faut absolument renverser cette tendance, faute de quoi nous n’arriverons pas à réguler les coûts. Il faut aussi réintégrer l’idée de la finitude, de notre propre mort dans le domaine médical. Ce n’est qu’en nous comprenant comme faisant partie de la nature, qui est renaissance et métamorphose, que nous parviendrons à mettre une limite aux soins que l’on entreprend et donc aux coûts de la santé.
Marie Parvex