Les gens ivres ou drogués ne seront plus couverts par l’assurance maladie
Les parents devront payer les conséquences d’un abus d’alcool de leurs enfants. Une mesure qui constituerait un dangereux précédent
Aujourd’hui, les soins portés aux personnes soûles sont remboursés. Ce pourrait bientôt ne plus être le cas avec l’introduction du «principe de causalité» dans l’assurance maladie. La Commission de la santé et de sécurité sociale (CSSS) des Etats a adopté cette semaine une proposition du conseiller national Toni Bortoluzzi (UDC/ZH), déjà acceptée par la Commission du National. La procédure de révision de la loi peut donc démarrer.
Selon l’idée de Toni Bortoluzzi, la révision ne se limitera toutefois pas à l’abus d’alcool: le principe s’étendra aussi à la consommation de drogue. Une personne alcoolisée ou droguée, qui n’a pas besoin de soins mais qui est prise en charge par la police, devra aussi payer l’intervention.
«Il est question des jeunes et des adultes qui boivent jusqu’à tomber», précise l’Argovienne Christine Egerszegi (PRD), présidente de la CSSS, hier dans le Tages -Anzeiger . En revanche, les alcooliques et toxicomanes, considérés comme malades, ne seront pas concernés.
Il s’agit de réprimer les excès des personnes qui se soûlent pour le plaisir ou par amusement, expliquent les membres de la CSSS. Les mineurs ne sont pas oubliés: les parents devront payer les conséquences d’un abus d’alcool de leurs enfants.
A priori, la proposition répond au souci des hôpitaux et de la population. En 2010, l’Hôpital de l’Île à Berne avait défrayé la chronique en rapportant que la part des empoisonnements dus à l’alcool aux urgences avait augmenté de 1,4% à 3,3% entre 2000 et 2007 et que la part des jeunes était même passée de 2,6% à 6,5%.
«Procéder à un tri peut paraître simple derrière un bureau, mais ne l’est pas aux urgences», relève Markus Häsler, porte-parole de l’Hôpital de l’Île. «Le problème de la surconsommation d’alcool n’est pas seulement individuel, c’est aussi une question de société», relève Simon Frey, d’Addiction Info Suisse. La responsabilité de l’individu étant limitée, les frais d’une consommation excessive ne devraient pas faire l’objet d’une réglementation séparée.
Les caisses maladie elles-mêmes attirent l’attention sur les dangers du «principe de causalité». Avec les hôpitaux, elles craignent l’ouverture d’une brèche dans le système de santé. L’association santésuisse parle ainsi d’un «signal dangereux». Après l’excès d’alcool et de drogue, la question pourra être posée de savoir si d’autres comportements pourraient ne plus être couverts, avertit sa porte-parole Anne Durrer.
Marc-Henri Jobin, Newsnet

