< | >

Surassurés, certains patients ne pensent pas à revoir leurs contrats

letemps.ch
Lundi, 30 janvier 2012

Santé La FRC appelle les assurés à bien gérer leurs contrats -  Les caisses maladie sont invitées à mieux informer leurs clients, surtout les retraités

Didier*, atteint de la maladie d’Alzheimer, a séjourné cinq ans dans un établissement médico-social genevois, avant de décéder en 2010. Durant toutes ces années, il a continué à payer des assurances maladie complémentaires qui ne lui étaient plus d’une grande utilité. Notamment, une assurance lui procurant une aide juridique en Suisse et à l’étranger, ou encore un produit proposant le libre choix de l’hôpital en division commune dans toute la Suisse.
Selon les dires de son répondant légal, à savoir sa femme nonagénaire, le conseiller de la caisse maladie du couple n’aurait jamais proposé à la femme de revoir le portefeuille d’assurances de son mari en supprimant les produits devenus inutiles. La caisse savait pourtant que Didier vivait dans un EMS, puisqu’elle participait aux frais non couverts pour les établissements médico-sociaux, à hauteur de 20 francs par jour.
Le cas de Didier n’est pas isolé. L’Office fédéral de la statistique (OFS) ne dispose pas de données permettant d’évaluer le nombre de personnes concernées par la surassurance dans le domaine de la santé. Et la Finma, responsable désormais de la surveillance des complémentaires privées, indique ne disposer d’aucune information. Mais selon Valérie Muster, juriste à la Fédération romande des consommateurs (FRC), le phénomène serait très répandu.

«C’est un problème que nous entendons régulièrement, explique-t-elle. Il arrive que des assurés cumulent quatre complémentaires leur offrant des prestations similaires.» La FRC juge le problème si important qu’elle a décidé d’en faire un thème prioritaire en 2012. Un exemple classique: les employés qui travaillent plus de huit heures par semaine sont automatiquement assurés contre les accidents par leur employeur. Or beaucoup souscrivent également une couverture accidents avec leur assurance maladie de base. Par oubli, ou par crainte de manquer de couverture accidents s’ils se retrouvent sans emploi.
Juridiquement, poursuit Valérie Muster, les caisses maladie n’ont rien à se reprocher. «Il est de la responsabilité du consommateur de veiller, lors de chaque renouvellement, à l’adéquation de son contrat. Cela étant, je trouve l’exemple du patient en EMS choquant. Car lorsqu’il s’agit d’étoffer votre portefeuille d’assurances, en vous proposant de nouveaux produits, les conseillers se manifestent. On pourrait attendre la même chose en cas de surassurance…»

Le conseiller aux Etats PDC Urs Schwaller, très impliqué dans les questions de santé, abonde: «Le devoir d’information des caisses devrait être amélioré. Car elles sont les mieux placées pour renseigner les assurés. Par ailleurs, le nouveau mode de financement hospitalier permet aux assurés, depuis le 1er janvier, de choisir librement leur hôpital en Suisse à certaines conditions. Le montant de la complémentaire proposant de couvrir les éventuelles différences de coûts, très répandue parmi les consommateurs, devrait être réduit.»
Yves Seydoux, le porte-parole du Groupe Mutuel, estime qu’«on ne peut pas émettre de généralités à propos des contrats d’assurance. Ce n’est jamais blanc ou noir. Il faut étudier point par point si le contrat ne peut pas se révéler tout de même utile à l’assuré.» Aux yeux de ce spécialiste, «tout assuré devrait, à intervalles réguliers, passer en revue son portefeuille d’assurances. Si le client décide de revoir son contrat, nous le conseillons. Et il existe des domaines où nous sommes proactifs: par exemple lorsque nous constatons que des clients sont assurés en même temps en division hospitalière demi-privée et en division privée dans toute la Suisse.»

Les caisses devraient-elles faire davantage d’efforts pour éviter la surassurance à leurs clients? Pour Alberto Holly, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, il est nécessaire que les gens soient bien informés sur la question. «Les Suisses sont surassurés de manière générale. Cela concerne l’ensemble des assurances, et pas seulement les complémentaires maladie. Même si, dans ce domaine, les caisses se livrent une concurrence très forte, car une bonne partie de leurs gains proviennent des assurances complémentaires.» Mais les économistes, admet-il, s’intéressent peu à ce problème. «Pourtant, si l’on réduisait les dépenses liées aux assurances complémentaires privées, on réduirait les dépenses de santé!»
Valentine Zubler berne